Préparer l’intrigue de son roman

J’ai reçu plusieurs questions concernant ma technique « Demande à la page. »

Tout d’abord, je voudrais préciser que je me laisse en premier lieu porter par l’échange que j’ai avec moi-même (je me rends compte que cette phrase fait très mégalomane).

Ensuite, ou si je suis bloquée, je passe par une série de questions.

Ces questions ne sont pas de moi, elles sont une sorte de remix des conseils que distille James Scott Bell dans ses livres consacrés à l’écriture (et que je vous conseille si vous lisez l’anglais. Et si vous vous sentez perdus devant la profusion de ses ouvrages consacrés à l’écriture, je vous recommande de commencer par « How to Make a Living as a writer »).

Vous pouvez le retrouver ici

How to make a Living as a Writer

En ce qui me concerne, je me sers de cette méthode quand :

  • Je réfléchis à une histoire potentielle
  • Je veux développer cette histoire
  • Je souhaite connaître mieux mon personnage principal et son opposant
  • Je cherche à déterminer les étapes clés de mon récit (que je développerai dans un prochain billet)
  • Je suis bloquée

Parmi les questions que je me pose pour réfléchir à mon histoire, en voici quelques-unes :

  • Qui est le l’héroïne/le héros (dans mon cas, c’est généralement une héroïne) ?
  • Qu’aime-t-elle/il dans la vie ?
  • Est-ce que ce talent pourrait devenir la clé qui résoudra son problème ?
  • Quel a été pour elle/lui le moment le plus marquant de son enfance ? (traumatisme)
  • Comment vit-elle/il cela aujourd’hui ?
  • Est-ce qu’elle/il réfléchit ou agit d’abord ?
  • Qu’est-ce qui la/le rend unique ?
  • Pourquoi j’aime ce caractère/ce personnage ?
  • Que fait-elle/il qui la rend semblable à nous ? => ce sera peut-être la mise en scène de cet élément qui ouvrira votre roman.
  • Que veut-elle/il désespérément ?
  • Qui est/sont le(s) opposant(s) ? Notez tous les opposants que vous avez à l’esprit, même de petits adversaires. Ce peut aussi être le héros lui-même qui est son pire ennemi.
  • Détaillez cet opposant principal.
  • Quel est son « instant révélation » ? En quoi consiste-t-il ?

Après avoir fait cela (généralement le lendemain), je continue ma suite d’échanges avec moi-même, sauf que cette fois, je me concentre sur les différentes étapes de l’histoire.

Je commence par le « moment révélation » du roman. James Scott Bell détaille cela très bien dans « Write your Novel from the Middle. »

C’est ce livre-ci :

Write Your Novel from the Middle


Pour ceux qui ne peuvent pas lire ce livre qui fut pour moi un électrochoc en matière de structure d’histoire, je vais en résumer les propos.

James Scott Bell est parti d’un constat, celui que dans toutes les histoires il y a un moment miroir et que ce moment se trouve pratiquement à chaque fois pile au milieu d’une histoire. C’est ce que beaucoup de théories concernant la structure des scénario ou des livres appellent le « Midpoint. »

Bell apporte un regard très neuf sur cette étape du roman. Ce « Midpoint » ou « Moment miroir » consiste en une sorte d’introspection que vit le personnage principal. C’est une remise en question, mais pas de n’importe quel type. C’est une remise en question qui se fait par une sorte de réflexion en miroir de ce qu’est le personnage.

J’explique.

Ce moment, c’est celui où votre personnage fait une courte introspection (parfois trois lignes, parfois un paragraphe. Jamais plus sinon c’est barbant pour le lecteur). Il se rend compte que jusque là (=la première moitié du roman), il a été quelqu’un qu’il ne veut en fait pas être. Il apprend une sorte de vérité sur lui-même. Il formule une prise de conscience.

La magie de cette prise de conscience, c’est qu’elle est réflexive, c’est-à-dire qu’elle s’effectue par un effet de miroir.

Généralement, le personnage voit quelqu’un qui « pourrait » être lui et cela lui occasionne une prise de conscience.

Ou il voit quelqu’un qu’il n’est pas et cela lui occasionne une prise de conscience.

James Scott Bell propose de nombreux exemples de ce moment et… j’avoue que c’est bluffant.

Je m’y suis d’ailleurs essayée moi-même et j’ai trouvé, à quelques pages du milieu des « Égouts de Los Angeles » de Michael Connelly que le personnage principal, Harry Bosh vit ce moment lorsqu’il regarde une peinture. Il se rend compte à quel point il est différent de cet homme représenté sur cette peinture.

Dans un tout autre style, j’ai retrouvé cela dans « Brûlure magique », le second tome de Kate Daniels, quand elle se compare au limier et parle de sa propre solitude.

Alors, qu’en penser ?

D’une part, je ne suis pas certaine que ce moment survient forcément pile au milieu du récit.

D’autre part, quand on se met à chercher des signes, on finit toujours par en trouver même s’il n’y en a pas.

Pourtant… qu’il existe ou non dans chaque histoire, que les écrivains y recourent volontairement ou non, je l’ai personnellement adopté car… il est surtout très utile !

Quand je réfléchis à la structure de mon histoire, je démarre par lui et je me demande : que va être la prise de conscience de mon personnage ?

A partir de là, comme par magie, le ton du début et de la fin de mon roman prennent une certaine couleur. Je sais de quoi « l’avant » ce moment va parler et mettre en avant et ce que « l’après » de ce moment va montrer.

Ce moment, c’est celui où le personnage se demande quelle personne il est et s’il veut vraiment être cette personne. Logiquement, le fruit de sa réflexion doit être que « Non, il ne veut pas être cette personne, qu’il veut changer. »

Ce moment est une sorte de mort, qu’elle soit d’ordre physique, psychologique ou professionnelle (voir les livre de James Scott Bell à ce sujet). Quelque chose dans la vie du personnage passe à la dynamite et maintenant tout va changer (pour le meilleur ou pour le pire).

Personnellement, j’appelle ce tournant « l’instant révélation » et il doit au moins exister, même en une ligne, dans mon roman. Pas toujours au milieu, mais presque.

Cas d’école : La cité des ombres.

Pour ceux qui veulent lire ce roman qui nous accompagnera tout au long de ces billets consacrés à l’écriture d’un roman, c’est par ici :

La cité des ombres

Dans le précédent billet, j’ai posté des pages illustrant mon « Demande à la page » qui a formé la genèse de La cité des ombres.

En ce qui concerne l’instant révélation d’Astrée, il constitue véritablement la lumière qui éclaire « l’avant » dans le roman et son « après. »

Ce moment, je l’ai décrit dans mes notes d’avant écriture de la façon suivante :

« Elle se rend compte que des amis comptent sur elle et croient en elle. Avant, elle est négative et en demande. Elle prend conscience qu’elle n’est pas cette personne passive, qu’elle veut être quelqu’un d’autre. Elle veut être aimée pour ce qu’elle est et non s’adapter aux désirs des autres. »

Évidemment, au fil de l’écriture, ce moment s’est précisé et affiné.

Voici comment il est écrit dans le roman :

« Tout ce que Joachim nous avait dit était vrai. Or il nous avait dit de nous tenir éloignés des ombres. Que tomber entre leurs mains, c’était signer notre propre mort.
Peut-être cela valait-il mieux ? Tout plutôt que de rester sans vieillir dans ce monde sans couleur, coincée dans cette éternité grise ?
J’aurais voulu pouvoir m’approcher de Keith, lui parler, pouvoir penser à autre chose, me préparer à ce qui allait suivre.
L’image de ma mère et de ma grand-mère s’imposa une nouvelle fois à moi. Avec netteté. De quel droit me résignais-je ? Rien que pour elles, je ne pouvais pas rester sans me battre. Cette pensée fut comme un électrochoc.
Jusqu’à présent, j’avais laissé tout le monde décider de tout ce qui comptait à ma place. Cela devait changer, même s’il ne me restait plus que quelques heures à vivre alors que j’étais pieds et poings liés dans un lieu froid et hostile, livrée à des créatures qui me voulaient tout sauf du bien. »

En fait, ce moment prend place assez tard dans le roman, mais Astrée est un personnage un peu long à la détente. Alors qu’elle est sur le point de vivre une mort physique, elle passe par une mort psychologique.

La jeune fille passive en elle meurt. À partir de ce moment, c’est une nouvelle version d’Astrée qui prend place dans le roman.

Cela se remarque d’ailleurs à ses choix (non-choix, hésitations) du début du roman et la manière dont elle tient tête à Céleste à la fin du roman.

C’est toujours le même personnage, mais elle a évoluée. Et c’est précisément ce moment dans le roman qui fait qu’elle devient différente.

Avec cet « instant révélation », j’ai déterminé le premier élément de structure de mon histoire. Un élément incontournable qu’elle doit absolument contenir pour pouvoir « fonctionner » auprès du lecteur.

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