Écrire un roman commercial : préparer son intrigue

Comment ça : un roman « commercial » ?

J’ai conscience que pour certains, ce terme sonne un peu comme un gros mot. Et je tiens à le dire tout de suite : écrire pour l’art est quelque chose de tout à fait noble. Le sens des phrases, la recherche du rythme, la poésie des mots, l’expérience des images et des émotions… sont des choses que j’adore que ce soit comme lecteur ou comme écrivain.

Pourtant, aujourd’hui, je ne vais pas parler de cela. Pourquoi ? Tout d’abord parce que ceux qui aiment écrire « pour l’art » se fichent totalement des mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un roman, ils sont – si je caricature – anti-règles, anti-apprentissage de l’écriture (« écrire ne s’apprend pas »). Bien souvent, ils sont aussi anti-plan, anti-intrigue, etc.

Bref, de toute façon, ce n’est pas le sujet de mon billet aujourd’hui. Je peux juste vous dire que même si vous aimez écrire « pour l’art », vous pouvez tout à fait ignorer ce billet ou (au choix) le lire afin de savoir tout ce que vous ne voudrez pas faire.

Pour les autres, c’est-à-dire, pour ceux qui veulent écrire une histoire qui a des chances de trouver un public, une histoire qui divertira et qui aura tout le potentiel de leur permettre de gagner quelques sous, c’est par ici que ça se passe : je vais vous parler de mon Reading To-Go.

Comme je l’ai expliqué précédemment, cette série de billets consacrés à l’écriture du roman retrace et dissèque les différentes étapes auxquelles je recours lors de l’écriture d’un roman, notamment en ce qui concerne mon dernier en date : « La cité des ombres. » Ce roman étant justement un Reading To-Go.

Alors, c’est quoi ce satané « Reading To-Go » ?

C’est :

“Une histoire construite à la manière des blockbusters.
Une expérience de lecture unique et divertissante calibrée pour nos vies trop remplies.
Pas de blabla superflu, une narration rythmée par des rebondissements.”

En gros, c’est la promesse d’une lecture divertissante qui vous transporte pour quelques heures loin de votre quotidien. Autrement dit, c’est un roman « commercial » et qui, en temps que tel, répond à un certain canevas.

D’ailleurs, ce canevas, vous pouvez le retrouver un peu partout, qu’il s’agisse de films, de séries télévisées ou de romans – qu’ils soient « commerciaux » (ou « artistiques. »)

Il existe de nombreuses théories permettant de retracer le canevas sur lequel l’intrigue de la majeure partie des livres, films ou séries télévisées se basent. Vous avez ainsi « Save the Cat » de Blake Snyder, le « Hero’s Journey » de Vogler, les 22 étapes de John Truby, l’anatomie du conte de Propp, etc., etc. Il existe mille et une théories retraçant les étapes « obligatoires » d’un récit.

Personnellement, ces théories m’ont toujours fascinées, mais j’ai les plus grandes difficultés du monde à les utiliser. La révélation est venue de James Scott Bell (voir à son sujet le billet précédent) qui, quant à lui, détermine certains passages « obligés » de son récit. Ensuite, ces passages, vous les ordonnez entre eux comme bon vous semble.

En tâtonnant, j’ai fini par élaborer mes propres étapes pour mes histoires (et elles doivent beaucoup à celles qu’offre Bell dans ses livres sur la structure d’un roman).

Et si au départ vous avez toutes les difficultés du monde à construire votre plan de roman et votre intrigue et que vous avez du mal à vous sentir à l’aise avec les théories américaines existantes, je vous invite à développer vous aussi vos propres étapes pour vos histoires. Donnez à chacune un nom qui vous parle, décrivez-les à votre façon, bref : appropriez-vous ces outils afin de créer VOTRE propre structure.

Avant de vous présenter mes étapes, je dois encore préciser une chose : un Reading To-Go est une histoire centrée sur les événements, les rebondissements. Tout est pensé et construit pour éviter les temps morts et inciter le lecteur à tourner la page. Dès lors, les personnages servent le récit. Ils l’enrichissent, mais y sont assujettis. A aucun moment je ne base mon écriture sur eux. Mes personnages sont des outils qui me servent à mettre en scène et à faire avancer mon récit, pas des acteurs. Évidemment, il peut arriver que certaines de leurs particularités me permettent d’inventer un meilleur rebondissement, mais ce n’est pas leur fonction première.

Il est possible que certains écrivains soient choqués par cette conception car on nous rabâche à longueur de temps qu’un roman se construit sur ses personnages, sur leur évolution, sur ci, sur ça. Certes, mais très peu pour moi.

Je prends ce qui fonctionne pour moi, je recours aux mécanismes qui me font écrire et qui m’aident à boucler les histoires que je veux écrire. Le reste, c’est de la théorie et c’est surtout… secondaire.

Et, que vous soyez ou non d’accord avec moi, le plus important c’est que vous choisissiez les outils qui fonctionnent POUR VOUS. Le reste est accessoire, soyez simplement vous-mêmes.

En ce qui concerne la présentation de mes étapes du récit, une fois n’est pas coutume : je vais les présenter en me basant tout de suite sur mon roman La cité des ombres.

Le roman est disponible ICI : La cité des ombres

ALERTE SPOILERS !

Donc, attention, pour ceux qui souhaitent d’abord se faire leur propre opinion sur mes étapes d’écriture d’un roman en lisant le produit fini tel que le lit n’importe quel lecteur, je vous conseille de lire le roman avant de continuer plus en avant la lecture de ce billet.

Pour ceux qui s’en fichent et sont juste avides de découvrir une technique d’écriture, allons-y joyeusement. Voici les étapes obligatoires de mes histoires :


1. C’est le bazar

Voici la scène qui ouvrira le roman. Elle est directement basée sur la question posée dans mon précédent billet de cette série et qui est : « Que fait-elle/il qui la/le rend semblable à nous ? »

En ce qui concerne Astrée, mon personnage principal de La cité des ombres, c’est son manque de confiance en elle qui la rend proche de nous. Elle a une petite voix dans sa tête qui la juge et elle se sent rapidement ridicule dans la plupart des situations de la vie courante.

Le chapitre qui ouvre La cité des ombres met donc en scène Astrée vivant une de ces situations.

Elle travaille comme étudiante au cinéma et y croise le garçon le plus populaire du lycée. Comme ce dernier lui plaît, elle est gênée qu’il la voit en train de travailler et de servir des popcorn aux autres élèves de leur lycée. Et ce, d’autant plus qu’elle porte un horrible uniforme jaune canari.

Bref, le lecteur fait connaissance avec Astrée quand, pour elle « C’est le bazar. »

2. Dis-moi qui tu aimes/de qui tu prends soin, je te dirai qui tu es

Maintenant qu’on a rencontré le personnage principal, il faut lui donner un peu de relief et de profondeur.

Ce passage est d’autant plus nécessaire que mes personnages servant le récit, je dois éviter qu’ils soient trop en carton. Le meilleur moyen de le faire, c’est de leur donner une dimension humaine, c’est-à-dire qu’il faut qu’en tant qu’auteur j’offre au lecteur une scène dans laquelle je vais montrer que mon personnage se soucie de quelqu’un d’autre, qu’il n’est pas seul et qu’il a des sentiments (et ce, même si c’est la pire des crapules).

Certains reconnaîtront ici l’étape « Save the Cat » de Blake Snyder, celle qui a donné le nom à sa méthode. Étape où l’on montre le personnage principal sauvant un chat coincé dans un arbre (ou toute autre scène de ce genre).

Dans La cité des ombres, cette étape est illustrée par les relations qu’Astrée entretient avec sa mère et sa grand-mère. Notamment par le fait qu’Astrée se fait du souci pour sa mère et prend implicitement son parti dans le divorce de ses parents.


3. Le pré-« moment Q », le symbole de l’espoir (1/règle de 3)

Alors cette étape, c’est du James Scott Bell pur cru et c’est une idée de génie.

Il a baptisé ce point du récit le « Moment Q » car il fait allusion aux aventures de James Bond.

Le « Moment Q », c’est celui au début du film où l’agent Q, le scientifique, présente à James Bond ses derniers super-gadgets. Et, évidemment, un de ces gadgets sera celui qui servira dans la dernière partie de l’histoire, quand il faudra un coup de pouce pour sauver notre héros.

Pour ceux qui aiment la version plus classique de cette étape du récit, il s’agit du moment du premier acte où Tchekhov introduit son revolver qui servira lors du troisième acte.

Cette étape garanti que vous n’allez pas sortir à la fin de l’histoire un lapin de votre chapeau pour sauver votre héros quand il sera en mauvaise posture.

En ce qui me concerne, j’ajoute une contrainte : mon super-gadget de mon « Moment Q » devra apparaître 3 fois dans mon histoire.

Il s’agit ici de recourir à la fameuse et magique règle de 3 : vous répétez trois fois les choses dans votre roman pour les rendre crédibles et naturelles pour le lecteur. Pas une de moins (deux fois, ça voudrait dire que votre revolver apparaît juste au début pour servir à la fin ; le lecteur est à demi-convaincu), pas une de plus (pas besoin de bassiner votre lecteur avec quatre apparitions de votre fameux revolver, ça va finir par le barber et – pire ! – il verra la ficelle et saura que vous allez ressortir le revolver à la fin – sinon pourquoi insisteriez-vous autant sur son existence ????).

En résumé la règle de 3 vous évite l’effet Deus ex-machina (je sors le lapin de mon chapeau pour tirer d’affaire mon héros quand ça sent trop le roussi) ou l’intrigue cousue de fil blanc (parce que j’ai trop insisté sur mon outil-de-la-dernière-chance).

Dans La cité des ombres, mon premier « Moment Q », c’est quand Astrée reçoit un cadeau de sa mère : il s’agit de pastels.

Et c’est donc aussi l’apparition numéro 1 de mon « objet magique ».

Et comme la règle de 3, c’est un outil terrible, je vais l’appliquer immédiatement et arrêter ici ce billet consacré à la préparation de l’intrigue. Vous retrouverez prochainement les deux autres billets consacrés à cette étape, ainsi, et bien… il y en aura 3 !

Aurore

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