Écrire un roman : Créer ses personnages

Au cours des billets précédents, nous avons vu comment trouver une idée et comment la développer au point d’avoir le squelette d’une intrigue.

Avant de nous attaquer au plan, nous allons faire un détour et nous pencher sur le casting de notre histoire.

Maintenant, nous savons :

1/ quel est le sujet de notre histoire ;

2/ à qui elle s’adresse ;

3/ quels seront ses temps forts

Il nous faut maintenant déterminer QUI va la vivre.

Sur ce point, je vais être très simple et pragmatique : je m’arrange pour que mes personnages soient les plus vagues possibles avec juste assez de particularités pour que le lecteur s’y retrouve.

Je sais qu’avancer cela va en horrifier plus d’un, mais je vous avais promis de vous livrer mes techniques d’écriture sans me censurer.

En ce qui me concerne, je pars du principe que plus un lecteur a de blancs à remplir avec son imagination, plus il pourra imaginer ce personnage. Une description simple en deux coups de crayon donne au lecteur toute la latitude pour donner vie au personnage et en un sens pour se reconnaître en lui.

L’autre avantage, c’est que lorsque j’écris c’est mon histoire qui prime. Mes personnages servent et s’insèrent dans mon intrigue, ils n’ont pas d’autre fonction que de vivre et de véhiculer mon histoire.

Donc pas de fiche détaillée en ce qui me concerne. Pas de backstory, pas d’analyse psychologique, rien de tout cela. Je me contente volontairement du strict minimum en ce qui les concerne.

Je note par exemple la couleur de leur cheveux, de leurs yeux, et deux à trois traits particuliers (grande, s’habille toujours en bleu…). Le seul but de ces notes, c’est que je m’y retrouve moi-même et que mes personnages ne changent pas de couleur de cheveux en cours d’histoire.

Pour La cité des ombres, la description/feuille de route de mes personnages tenait sur 1 page A4 recto-verso.

Cependant, je n’effectue pas cette étape de façon fantaisiste ou hasardeuse. Mes personnages répondent à des critères précis :

1/ comme j’écris pour des adolescents, mes personnages principaux sont des adolescents.

2/ ils doivent être aussi ordinaires et banals que possible. Ce qui doit être extraordinaire dans mon histoire, c’est ce qui leur arrive, pas eux.

3/ comme ils sont ordinaires, ils vont devoir se montrer fûtés et intelligents pour s’en sortir.

4/ les adultes, qu’il s’agisse de parents, de professeurs, de guides ou de mentors, sont tout à fait inutiles. D’ailleurs, soit ils se montrent incrédules soit ils sont absents ou dépassés.

5/ c’est le point le plus important : je dois savoir ce que VEUT chaque personnage important, son rêve secret, ce qu’il espère plus que tout. C’est d’ailleurs, pour le personnage principal, autour de ce point que va s’articuler son « Moment miroir » du récit.

6/ enfin, comme ils s’agit d’adolescents, ils doivent se comporter comme des adolescents et donc ne pas se montrer ni trop sérieux ni trop responsables.

Voilà, en ce qui me concerne, la façon dont je crée mes personnages. J’ai bien conscience que cela va à contre-sens de toutes les théories d’écriture qui vouent un véritable culte au personnage. Cependant, ce qui compte, pour moi, c’est de divertir le lecteur, de lui offrir une bonne histoire afin qu’il passe un moment agréable. Je ne suis pas là pour l’assommer avec des détails concernant le passé larmoyant de mon héroïne ni lui servir des dizaines de pages indigestes et inintéressantes concernant son manque de confiance en elle.

Tout l’art consiste à faire des personnages simples auquel le lecteur puisse s’identifier et de jeter ce personnage dans une aventure pleine de rebondissements qui avance à toute vitesse.

Réfléchissez et relisez les plus grands succès actuels. Comparez le soin apporté par l’auteur à son intrigue à celui qu’il accorde au détail de ses personnages. Dans la mesure où les meilleurs best-seller comportent essentiellement des personnages « en carton », vous êtes à même de deviner que si tout le monde les lit, c’est parce que le lecteur souhaite autre chose qu’une plongée introspective dans les affres de l’âme du héros : c’est l’histoire ou le ton sur lequel on la raconte qui comptent et les personnages sont à leur service.

La grande question à vous poser maintenant est celle de savoir si, en tant qu’auteur, vous êtes prêt à penser à contre-courant des théories actuelles et à faire l’impasse sur le culte du personnage de roman.

Pour moi, jeter à la poubelle toutes ces « fiches perso », ces « questionnaires de personnalité », ces « analyses des motivations » de mon personnage et sa « backstory » a été non seulement libérateur, mais m’a aidée à écrire plus vite. Tout ce temps perdu à compléter ces fiches inutiles, je le passe maintenant à écrire et à faire vivre à mes personnages de folles aventures. En gros, se montrer mauvais élève a libéré ma créativité.

Ce qui compte, c’est d’écrire et de finir votre roman. Dès lors, prenez ce qui marche pour vous, même si d’autres ne font pas comme ça.

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