Je suis un imposteur

Ce sentiment, cette idée de nous-même revient sans cesse, comme une ritournelle.

Que vous tentiez d’écrire, que vous ayez fini d’écrire ou que vous commenciez un nouveau projet.

A chaque étape de la création, que ce soit le début, le milieu ou la fin, mais aussi lorsque l’on se relit, on se corrige, voire on se publie, ce sentiment d’avoir tout faux, de ne pas être à notre place, d’avoir écrit de la m…, que tout le monde semble y arriver mieux que nous (et bien plus facilement), tout cela revient nous hanter. Ritournelle qui revient sans cesse et qui nous gâche notre joie d’avoir enfin réussi quelque chose.

Cela vous semble familier ? Combien de textes avez-vous abandonné pour cette raison ? Combien avez-vous partagé avec joie avant de ressentir, 24 heures après la honte horrible de les avoir montré à quelqu’un ?

Et bien, sachez que c’est juste… normal. Et que c’est même pire avec le temps.

C’est pire quand vous avez remporté un prix.

C’est pire quand vous avez enfin publié.

C’est pire à chaque fois que vous avez réussi à faire quelque chose de concret.

C’est pire parce que maintenant, vous avez le sentiment que vous avez quelque chose à perdre. Que ceux qui ont reconnu jusque là votre travail vont être déçus et vont enfin me percer à jour, ils vont découvrir la supercherie et voir enfin qui vous êtes vraiment, vous savez cette personne qui est bien différente de celle qu’ils imaginent, qui est en réalité si insignifiante, si banale, si peu créative et qui n’arrive jamais à rien.

Cette fois, vous en êtes convaincu, vous allez être démasqué, c’est fini, les jeux sont faits !

Alors, tandis que vous étiez motivés, fier de vous, que votre humeur devrait être à la fête, vous avez l’estomac serré, le moral dans les chaussette et la boule de peur dans la gorge.

Du coup, vous essayez tant bien que mal de ne PAS parler de votre livre/manuscrit/texte et éludez toute question. Vous agissez comme quelqu’un de coupable… parce que d’ailleurs vous vous sentez coupable.

Coupable d’avoir créé.

Coupable de vous avoir mis en avant.

Coupable d’y être arrivé (or, ça, c’est juste pas possible, il y a eu une erreur quelque part).

Le syndrome de l’imposteur, c’est une forme particulière du manque de confiance en soi.

Du coup, comment on fait ?

On repart à la racine du problème : celle de votre regard sur vous, des croyances que vous avez concernant ce dont vous êtes capable ou non.

Alors, allons-y : quand on crée, immanquablement on se met en danger. Nous avons produit quelque chose et ce quelque chose, non seulement existe, mais c’est aussi un reflet de nous et ce reflet, nous l’offrons aux regards, aux avis, aux opinions des autres. Dès que cela se produit, nous ne pouvons nous empêcher d’essayer de « percevoir » notre travail « comme quelqu’un qui le découvre » et là, généralement ça se passe plutôt mal.

Nous pensions avoir fait quelque chose de bien et tous les défauts nous sautent au visage.

Pas de panique !

Tout d’abord, vous n’êtes pas objectif (oui, je sais, argument banal, mais terriblement vrai) et vous manquez TOTALEMENT de recul.

Doutez de vous est en réalité plutôt bon signe et encourageant, car cela veut dire :

– 1/ que vous prenez votre créativité au sérieux ;

– 2/ que vous prenez votre public au sérieux ;

– 3/ que vous n’êtes pas un psychopathe narcissique-trop-sûr-de-lui-qui-s’en-fiche-des-autres-d’ailleurs-c’est-moi-le-meilleur !

Si cela devient vraiment inconfortable pour vous, vous avez plusieurs solutions :

– 1/ Ne touchez plus à votre travail. Votre manuscrit a été envoyé à un concours, à des éditeurs ? Votre livre est (auto)-publié ? Votre chapitre est mis en ligne sur Wattpad ? Et bien, ne le lisez plus, oubliez-le et allez de l’avant. Pensez à la suite, à vos autres projets, repartez dans quelque chose de neuf et donnez-vous le temps d’oublier ce que vous venez d’achever pour y revenir plus tard, bien plus tard.

2/ Confiez-vous. Mais attention, uniquement à une personne de confiance, à quelqu’un qui vous soutient et non à l’amie jalouse et négative qui va vous blesser ou miner encore plus le peu de confiance que vous avez encore dans votre projet.

3/ Acceptez. Acceptez de douter, que c’est un mauvais moment qui va passer. Que cela vous arrivera encore et encore.

4/ D’ailleurs, tant qu’on y est, acceptez que peut-être vous avez totalement raison : tout le monde va trouver ce que vous avez fait nul, mauvais, naze. Et alors ? Ce n’est pas en soi un échec. Non, non !

D’une part, échouer en écriture, ce n’est pas « mal » écrire, c’est ne pas écrire du tout. L’échec, ce n’est pas le mauvais manuscrit, c’est le manuscrit inexistant et abandonné.

D’autre part, un mauvais texte ne veut rien dire de VOUS. Ce n’est pas une partie de votre personnalité. C’est une chose que vous avez faite et si elle n’est pas bonne, vous ferez mieux la prochaine fois.

5/ Acceptez aussi que vous ne plairez pas à tout le monde. Quand j’ai été publiée en maison d’édition (sous mon vrai nom : Valérie Lamesch, pour ceux que cela intéresse), j’écrivais des textes ultra-littéraires. Des phrases fouillées, poétiques, bref l’aspiration totale à l’Art avec un grand « A. » Des gens ont aimé, d’autres n’ont pas aimé (ben oui, certains aiment un bon polar, pas mon livre ultrasophistiqué sans suspense). J’ai aussi eu des libraires qui ont refusé de prendre mon livre, ils ne connaissaient pas mon petit éditeur, donc forcément j’étais embarquée dans un truc louche, un bidule certainement à compte d’auteur, ce qui à coup sûr faisait de mon texte une des bouses de l’année. Voilà, parfois on est jugé sans même avoir été lu, après deux phrases. Aussi, j’ai eu un journaliste qui m’a demandé « on dit toujours que le plus dur à écrire, c’est le deuxième. Où en êtes-vous ? » Je n’avais alors rien commencé d’autre, je souffrais d’ailleurs d’une bonne crise du syndrome de l’imposteur et sa question a nourri un peu plus mon démon intérieur : « Tout le monde va voir que j’ai eu un coup de chance car je n’arriverai sûrement pas à écrire le suivant. »

Bref, vous en prenez plein l’ego et vous savez quoi ? Vous savez ce que tout cela veut dire sur vous ?Et bien cela veut dire : RIEN.

Non, cela ne veut rien dire. Rien du tout.

Tout cela, ce sont des opinions, parfois naïves que les autres ont. En rien ces opinions ne vous définissent ni ne déterminent ce que vous avez fait ou êtes capables de faire.

La seule manière que je connaisse de surmonter tout cela est de tourner la page du projet fini et de commencer le suivant. Et peut-être même de faire alors un truc court, facile, un projet rigolo, peut-être même avec quelqu’un d’autre.

En gros, passez à autre chose, la vie continue et ce qui est fait est fait. Maintenant, retournez au travail et écrivez l’avenir. Laissez votre démon intérieur prendre le dessus est le meilleur moyen de lui donner raison. Faites donc avec lui ce que vous faisiez avec la peste de l’école : détestez-le, dites-vous qu’il est totalement ridicule et que ce qu’il pense, finalement, vous n’en n’avez rien à fiche ! Et continuez à faire comme bon vous semble.

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