Écrire un roman commercial : préparer son intrigue – Partie 2

Voici la suite des festivités en ce qui concerne la préparation de l’intrigue d’un roman.


4. J’ai mon avis sur la question

Ici, il s’agit de développer le point de vue de votre personnage sur sa propre situation. Je m’explique.

Nous avons parlé dans les billets précédents du « Moment Miroir » / « Instant Révélation » au cours duquel le héros découvre quelque chose sur lui qui change totalement la perception qu’il a de lui-même et de sa vie.

Ici, ce « J’ai mon avis sur la question » porte sur la manière dont il vit et réagit AVANT cet instant de révélation.

Vous allez donc montrer QUI il est en ce début de récit au lecteur en mettant en scène les convictions qu’il a sur lui-même et sur le monde.

Dans La cité des ombres, il s’agit du fait qu’Astrée vit mal sa solitude actuelle. La plupart des chapitres du début du roman tournent autour de ce problème et de son mal-être à ce sujet.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles elle ne veut pas écouter les mises en garde qui lui sont faites au sujet des Blackthron : elle a son avis sur la question.

5. La mort rôde (1/règle de 3)

Voici le retour de la règle de 3. Cette fois, elle porte sur un autre sujet incontournable au roman : celui où la mort rôde.

Comme c’est la première des trois apparitions de la mort, celle-ci est jolie et édulcorée.

Dans La cité des ombres, il s’agit du saccage du casier d’Astrée. Quelque chose que le personnage principal ne peut ignorer vient de se produire. Et avec ce moment « La mort rôde », nous faisons une promesse au lecteur : quelque chose va se passer. Ce petit événement n’est que le début.

6. Le point de non-retour.

Ici, le personnage saute le pas et aucun retour en arrière ne sera plus possible pour lui.

Dans la cité des ombres, cette impossibilité du retour en arrière est symbolisé physiquement. Astrée se rend sur une presqu’île coupée du monde pendant plusieurs jours.

7. Les ennuis commencent

Ce point incontournable de votre intrigue se diffuse tout au long de plusieurs chapitres. Ce sont de petits incidents qui se produisent et qui laissent penser au lecteur que tout cela va bien mal finir.

Dans La cité des ombres, il s’agit de l’ambiance glauque de la maison, du liquide noir qui s’échappe de son robinet, de cette fille qu’elle entend crier à l’aide, de la mine patibulaire du chauffeur des Blackthron, les livres qui tombent de la bibliothèque. Tous ces petits événements mis bout à bout font monter le suspense et… font que le lecteur tourne la page car il voudrait bien savoir où tout cela va bien pouvoir mener.

8. Un petit passage discret du moment (2/règle de 3)

Hop, ici on offre un moment de figuration discret et naturel de l’objet magique qui va sauver notre héros à la fin.

Il est important que cet objet soit mis en scène de façon discrète, qu’il apparaisse comme figurant plutôt que comme pièce centrale du chapitre. Ce sera le n°2 de notre règle de 3 qui concerne le « Moment Q. »

Dans La cité des ombres, il s’agit d’une scène où Astrée utilise ses pastels. Cette scène est banale et le fait qu’elle dessine secondaire car ce que le lecteur va surtout retenir du chapitre, c’est ce liquide noir et gluant qui va sortir de son robinet et non le pastel qu’elle glisse dans sa poche.

A bientôt pour la suite…

Aurore

Écrire un roman commercial : préparer son intrigue

Comment ça : un roman « commercial » ?

J’ai conscience que pour certains, ce terme sonne un peu comme un gros mot. Et je tiens à le dire tout de suite : écrire pour l’art est quelque chose de tout à fait noble. Le sens des phrases, la recherche du rythme, la poésie des mots, l’expérience des images et des émotions… sont des choses que j’adore que ce soit comme lecteur ou comme écrivain.

Pourtant, aujourd’hui, je ne vais pas parler de cela. Pourquoi ? Tout d’abord parce que ceux qui aiment écrire « pour l’art » se fichent totalement des mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un roman, ils sont – si je caricature – anti-règles, anti-apprentissage de l’écriture (« écrire ne s’apprend pas »). Bien souvent, ils sont aussi anti-plan, anti-intrigue, etc.

Bref, de toute façon, ce n’est pas le sujet de mon billet aujourd’hui. Je peux juste vous dire que même si vous aimez écrire « pour l’art », vous pouvez tout à fait ignorer ce billet ou (au choix) le lire afin de savoir tout ce que vous ne voudrez pas faire.

Pour les autres, c’est-à-dire, pour ceux qui veulent écrire une histoire qui a des chances de trouver un public, une histoire qui divertira et qui aura tout le potentiel de leur permettre de gagner quelques sous, c’est par ici que ça se passe : je vais vous parler de mon Reading To-Go.

Comme je l’ai expliqué précédemment, cette série de billets consacrés à l’écriture du roman retrace et dissèque les différentes étapes auxquelles je recours lors de l’écriture d’un roman, notamment en ce qui concerne mon dernier en date : « La cité des ombres. » Ce roman étant justement un Reading To-Go.

Alors, c’est quoi ce satané « Reading To-Go » ?

C’est :

“Une histoire construite à la manière des blockbusters.
Une expérience de lecture unique et divertissante calibrée pour nos vies trop remplies.
Pas de blabla superflu, une narration rythmée par des rebondissements.”

En gros, c’est la promesse d’une lecture divertissante qui vous transporte pour quelques heures loin de votre quotidien. Autrement dit, c’est un roman « commercial » et qui, en temps que tel, répond à un certain canevas.

D’ailleurs, ce canevas, vous pouvez le retrouver un peu partout, qu’il s’agisse de films, de séries télévisées ou de romans – qu’ils soient « commerciaux » (ou « artistiques. »)

Il existe de nombreuses théories permettant de retracer le canevas sur lequel l’intrigue de la majeure partie des livres, films ou séries télévisées se basent. Vous avez ainsi « Save the Cat » de Blake Snyder, le « Hero’s Journey » de Vogler, les 22 étapes de John Truby, l’anatomie du conte de Propp, etc., etc. Il existe mille et une théories retraçant les étapes « obligatoires » d’un récit.

Personnellement, ces théories m’ont toujours fascinées, mais j’ai les plus grandes difficultés du monde à les utiliser. La révélation est venue de James Scott Bell (voir à son sujet le billet précédent) qui, quant à lui, détermine certains passages « obligés » de son récit. Ensuite, ces passages, vous les ordonnez entre eux comme bon vous semble.

En tâtonnant, j’ai fini par élaborer mes propres étapes pour mes histoires (et elles doivent beaucoup à celles qu’offre Bell dans ses livres sur la structure d’un roman).

Et si au départ vous avez toutes les difficultés du monde à construire votre plan de roman et votre intrigue et que vous avez du mal à vous sentir à l’aise avec les théories américaines existantes, je vous invite à développer vous aussi vos propres étapes pour vos histoires. Donnez à chacune un nom qui vous parle, décrivez-les à votre façon, bref : appropriez-vous ces outils afin de créer VOTRE propre structure.

Avant de vous présenter mes étapes, je dois encore préciser une chose : un Reading To-Go est une histoire centrée sur les événements, les rebondissements. Tout est pensé et construit pour éviter les temps morts et inciter le lecteur à tourner la page. Dès lors, les personnages servent le récit. Ils l’enrichissent, mais y sont assujettis. A aucun moment je ne base mon écriture sur eux. Mes personnages sont des outils qui me servent à mettre en scène et à faire avancer mon récit, pas des acteurs. Évidemment, il peut arriver que certaines de leurs particularités me permettent d’inventer un meilleur rebondissement, mais ce n’est pas leur fonction première.

Il est possible que certains écrivains soient choqués par cette conception car on nous rabâche à longueur de temps qu’un roman se construit sur ses personnages, sur leur évolution, sur ci, sur ça. Certes, mais très peu pour moi.

Je prends ce qui fonctionne pour moi, je recours aux mécanismes qui me font écrire et qui m’aident à boucler les histoires que je veux écrire. Le reste, c’est de la théorie et c’est surtout… secondaire.

Et, que vous soyez ou non d’accord avec moi, le plus important c’est que vous choisissiez les outils qui fonctionnent POUR VOUS. Le reste est accessoire, soyez simplement vous-mêmes.

En ce qui concerne la présentation de mes étapes du récit, une fois n’est pas coutume : je vais les présenter en me basant tout de suite sur mon roman La cité des ombres.

Le roman est disponible ICI : La cité des ombres

ALERTE SPOILERS !

Donc, attention, pour ceux qui souhaitent d’abord se faire leur propre opinion sur mes étapes d’écriture d’un roman en lisant le produit fini tel que le lit n’importe quel lecteur, je vous conseille de lire le roman avant de continuer plus en avant la lecture de ce billet.

Pour ceux qui s’en fichent et sont juste avides de découvrir une technique d’écriture, allons-y joyeusement. Voici les étapes obligatoires de mes histoires :


1. C’est le bazar

Voici la scène qui ouvrira le roman. Elle est directement basée sur la question posée dans mon précédent billet de cette série et qui est : « Que fait-elle/il qui la/le rend semblable à nous ? »

En ce qui concerne Astrée, mon personnage principal de La cité des ombres, c’est son manque de confiance en elle qui la rend proche de nous. Elle a une petite voix dans sa tête qui la juge et elle se sent rapidement ridicule dans la plupart des situations de la vie courante.

Le chapitre qui ouvre La cité des ombres met donc en scène Astrée vivant une de ces situations.

Elle travaille comme étudiante au cinéma et y croise le garçon le plus populaire du lycée. Comme ce dernier lui plaît, elle est gênée qu’il la voit en train de travailler et de servir des popcorn aux autres élèves de leur lycée. Et ce, d’autant plus qu’elle porte un horrible uniforme jaune canari.

Bref, le lecteur fait connaissance avec Astrée quand, pour elle « C’est le bazar. »

2. Dis-moi qui tu aimes/de qui tu prends soin, je te dirai qui tu es

Maintenant qu’on a rencontré le personnage principal, il faut lui donner un peu de relief et de profondeur.

Ce passage est d’autant plus nécessaire que mes personnages servant le récit, je dois éviter qu’ils soient trop en carton. Le meilleur moyen de le faire, c’est de leur donner une dimension humaine, c’est-à-dire qu’il faut qu’en tant qu’auteur j’offre au lecteur une scène dans laquelle je vais montrer que mon personnage se soucie de quelqu’un d’autre, qu’il n’est pas seul et qu’il a des sentiments (et ce, même si c’est la pire des crapules).

Certains reconnaîtront ici l’étape « Save the Cat » de Blake Snyder, celle qui a donné le nom à sa méthode. Étape où l’on montre le personnage principal sauvant un chat coincé dans un arbre (ou toute autre scène de ce genre).

Dans La cité des ombres, cette étape est illustrée par les relations qu’Astrée entretient avec sa mère et sa grand-mère. Notamment par le fait qu’Astrée se fait du souci pour sa mère et prend implicitement son parti dans le divorce de ses parents.


3. Le pré-« moment Q », le symbole de l’espoir (1/règle de 3)

Alors cette étape, c’est du James Scott Bell pur cru et c’est une idée de génie.

Il a baptisé ce point du récit le « Moment Q » car il fait allusion aux aventures de James Bond.

Le « Moment Q », c’est celui au début du film où l’agent Q, le scientifique, présente à James Bond ses derniers super-gadgets. Et, évidemment, un de ces gadgets sera celui qui servira dans la dernière partie de l’histoire, quand il faudra un coup de pouce pour sauver notre héros.

Pour ceux qui aiment la version plus classique de cette étape du récit, il s’agit du moment du premier acte où Tchekhov introduit son revolver qui servira lors du troisième acte.

Cette étape garanti que vous n’allez pas sortir à la fin de l’histoire un lapin de votre chapeau pour sauver votre héros quand il sera en mauvaise posture.

En ce qui me concerne, j’ajoute une contrainte : mon super-gadget de mon « Moment Q » devra apparaître 3 fois dans mon histoire.

Il s’agit ici de recourir à la fameuse et magique règle de 3 : vous répétez trois fois les choses dans votre roman pour les rendre crédibles et naturelles pour le lecteur. Pas une de moins (deux fois, ça voudrait dire que votre revolver apparaît juste au début pour servir à la fin ; le lecteur est à demi-convaincu), pas une de plus (pas besoin de bassiner votre lecteur avec quatre apparitions de votre fameux revolver, ça va finir par le barber et – pire ! – il verra la ficelle et saura que vous allez ressortir le revolver à la fin – sinon pourquoi insisteriez-vous autant sur son existence ????).

En résumé la règle de 3 vous évite l’effet Deus ex-machina (je sors le lapin de mon chapeau pour tirer d’affaire mon héros quand ça sent trop le roussi) ou l’intrigue cousue de fil blanc (parce que j’ai trop insisté sur mon outil-de-la-dernière-chance).

Dans La cité des ombres, mon premier « Moment Q », c’est quand Astrée reçoit un cadeau de sa mère : il s’agit de pastels.

Et c’est donc aussi l’apparition numéro 1 de mon « objet magique ».

Et comme la règle de 3, c’est un outil terrible, je vais l’appliquer immédiatement et arrêter ici ce billet consacré à la préparation de l’intrigue. Vous retrouverez prochainement les deux autres billets consacrés à cette étape, ainsi, et bien… il y en aura 3 !

Aurore

Préparer l’intrigue de son roman

J’ai reçu plusieurs questions concernant ma technique « Demande à la page. »

Tout d’abord, je voudrais préciser que je me laisse en premier lieu porter par l’échange que j’ai avec moi-même (je me rends compte que cette phrase fait très mégalomane).

Ensuite, ou si je suis bloquée, je passe par une série de questions.

Ces questions ne sont pas de moi, elles sont une sorte de remix des conseils que distille James Scott Bell dans ses livres consacrés à l’écriture (et que je vous conseille si vous lisez l’anglais. Et si vous vous sentez perdus devant la profusion de ses ouvrages consacrés à l’écriture, je vous recommande de commencer par « How to Make a Living as a writer »).

Vous pouvez le retrouver ici

How to make a Living as a Writer

En ce qui me concerne, je me sers de cette méthode quand :

  • Je réfléchis à une histoire potentielle
  • Je veux développer cette histoire
  • Je souhaite connaître mieux mon personnage principal et son opposant
  • Je cherche à déterminer les étapes clés de mon récit (que je développerai dans un prochain billet)
  • Je suis bloquée

Parmi les questions que je me pose pour réfléchir à mon histoire, en voici quelques-unes :

  • Qui est le l’héroïne/le héros (dans mon cas, c’est généralement une héroïne) ?
  • Qu’aime-t-elle/il dans la vie ?
  • Est-ce que ce talent pourrait devenir la clé qui résoudra son problème ?
  • Quel a été pour elle/lui le moment le plus marquant de son enfance ? (traumatisme)
  • Comment vit-elle/il cela aujourd’hui ?
  • Est-ce qu’elle/il réfléchit ou agit d’abord ?
  • Qu’est-ce qui la/le rend unique ?
  • Pourquoi j’aime ce caractère/ce personnage ?
  • Que fait-elle/il qui la rend semblable à nous ? => ce sera peut-être la mise en scène de cet élément qui ouvrira votre roman.
  • Que veut-elle/il désespérément ?
  • Qui est/sont le(s) opposant(s) ? Notez tous les opposants que vous avez à l’esprit, même de petits adversaires. Ce peut aussi être le héros lui-même qui est son pire ennemi.
  • Détaillez cet opposant principal.
  • Quel est son « instant révélation » ? En quoi consiste-t-il ?

Après avoir fait cela (généralement le lendemain), je continue ma suite d’échanges avec moi-même, sauf que cette fois, je me concentre sur les différentes étapes de l’histoire.

Je commence par le « moment révélation » du roman. James Scott Bell détaille cela très bien dans « Write your Novel from the Middle. »

C’est ce livre-ci :

Write Your Novel from the Middle


Pour ceux qui ne peuvent pas lire ce livre qui fut pour moi un électrochoc en matière de structure d’histoire, je vais en résumer les propos.

James Scott Bell est parti d’un constat, celui que dans toutes les histoires il y a un moment miroir et que ce moment se trouve pratiquement à chaque fois pile au milieu d’une histoire. C’est ce que beaucoup de théories concernant la structure des scénario ou des livres appellent le « Midpoint. »

Bell apporte un regard très neuf sur cette étape du roman. Ce « Midpoint » ou « Moment miroir » consiste en une sorte d’introspection que vit le personnage principal. C’est une remise en question, mais pas de n’importe quel type. C’est une remise en question qui se fait par une sorte de réflexion en miroir de ce qu’est le personnage.

J’explique.

Ce moment, c’est celui où votre personnage fait une courte introspection (parfois trois lignes, parfois un paragraphe. Jamais plus sinon c’est barbant pour le lecteur). Il se rend compte que jusque là (=la première moitié du roman), il a été quelqu’un qu’il ne veut en fait pas être. Il apprend une sorte de vérité sur lui-même. Il formule une prise de conscience.

La magie de cette prise de conscience, c’est qu’elle est réflexive, c’est-à-dire qu’elle s’effectue par un effet de miroir.

Généralement, le personnage voit quelqu’un qui « pourrait » être lui et cela lui occasionne une prise de conscience.

Ou il voit quelqu’un qu’il n’est pas et cela lui occasionne une prise de conscience.

James Scott Bell propose de nombreux exemples de ce moment et… j’avoue que c’est bluffant.

Je m’y suis d’ailleurs essayée moi-même et j’ai trouvé, à quelques pages du milieu des « Égouts de Los Angeles » de Michael Connelly que le personnage principal, Harry Bosh vit ce moment lorsqu’il regarde une peinture. Il se rend compte à quel point il est différent de cet homme représenté sur cette peinture.

Dans un tout autre style, j’ai retrouvé cela dans « Brûlure magique », le second tome de Kate Daniels, quand elle se compare au limier et parle de sa propre solitude.

Alors, qu’en penser ?

D’une part, je ne suis pas certaine que ce moment survient forcément pile au milieu du récit.

D’autre part, quand on se met à chercher des signes, on finit toujours par en trouver même s’il n’y en a pas.

Pourtant… qu’il existe ou non dans chaque histoire, que les écrivains y recourent volontairement ou non, je l’ai personnellement adopté car… il est surtout très utile !

Quand je réfléchis à la structure de mon histoire, je démarre par lui et je me demande : que va être la prise de conscience de mon personnage ?

A partir de là, comme par magie, le ton du début et de la fin de mon roman prennent une certaine couleur. Je sais de quoi « l’avant » ce moment va parler et mettre en avant et ce que « l’après » de ce moment va montrer.

Ce moment, c’est celui où le personnage se demande quelle personne il est et s’il veut vraiment être cette personne. Logiquement, le fruit de sa réflexion doit être que « Non, il ne veut pas être cette personne, qu’il veut changer. »

Ce moment est une sorte de mort, qu’elle soit d’ordre physique, psychologique ou professionnelle (voir les livre de James Scott Bell à ce sujet). Quelque chose dans la vie du personnage passe à la dynamite et maintenant tout va changer (pour le meilleur ou pour le pire).

Personnellement, j’appelle ce tournant « l’instant révélation » et il doit au moins exister, même en une ligne, dans mon roman. Pas toujours au milieu, mais presque.

Cas d’école : La cité des ombres.

Pour ceux qui veulent lire ce roman qui nous accompagnera tout au long de ces billets consacrés à l’écriture d’un roman, c’est par ici :

La cité des ombres

Dans le précédent billet, j’ai posté des pages illustrant mon « Demande à la page » qui a formé la genèse de La cité des ombres.

En ce qui concerne l’instant révélation d’Astrée, il constitue véritablement la lumière qui éclaire « l’avant » dans le roman et son « après. »

Ce moment, je l’ai décrit dans mes notes d’avant écriture de la façon suivante :

« Elle se rend compte que des amis comptent sur elle et croient en elle. Avant, elle est négative et en demande. Elle prend conscience qu’elle n’est pas cette personne passive, qu’elle veut être quelqu’un d’autre. Elle veut être aimée pour ce qu’elle est et non s’adapter aux désirs des autres. »

Évidemment, au fil de l’écriture, ce moment s’est précisé et affiné.

Voici comment il est écrit dans le roman :

« Tout ce que Joachim nous avait dit était vrai. Or il nous avait dit de nous tenir éloignés des ombres. Que tomber entre leurs mains, c’était signer notre propre mort.
Peut-être cela valait-il mieux ? Tout plutôt que de rester sans vieillir dans ce monde sans couleur, coincée dans cette éternité grise ?
J’aurais voulu pouvoir m’approcher de Keith, lui parler, pouvoir penser à autre chose, me préparer à ce qui allait suivre.
L’image de ma mère et de ma grand-mère s’imposa une nouvelle fois à moi. Avec netteté. De quel droit me résignais-je ? Rien que pour elles, je ne pouvais pas rester sans me battre. Cette pensée fut comme un électrochoc.
Jusqu’à présent, j’avais laissé tout le monde décider de tout ce qui comptait à ma place. Cela devait changer, même s’il ne me restait plus que quelques heures à vivre alors que j’étais pieds et poings liés dans un lieu froid et hostile, livrée à des créatures qui me voulaient tout sauf du bien. »

En fait, ce moment prend place assez tard dans le roman, mais Astrée est un personnage un peu long à la détente. Alors qu’elle est sur le point de vivre une mort physique, elle passe par une mort psychologique.

La jeune fille passive en elle meurt. À partir de ce moment, c’est une nouvelle version d’Astrée qui prend place dans le roman.

Cela se remarque d’ailleurs à ses choix (non-choix, hésitations) du début du roman et la manière dont elle tient tête à Céleste à la fin du roman.

C’est toujours le même personnage, mais elle a évoluée. Et c’est précisément ce moment dans le roman qui fait qu’elle devient différente.

Avec cet « instant révélation », j’ai déterminé le premier élément de structure de mon histoire. Un élément incontournable qu’elle doit absolument contenir pour pouvoir « fonctionner » auprès du lecteur.

Démarrer son roman

1. Avant de commencer à écrire

Avant de vous lancer dans un projet tel que celui d’écrire un texte et de l’autoéditer, la première chose à vous demander, c’est si vous avez envie de le faire.

Ecrire une histoire est une activité qui prend du temps durant plusieurs semaines, voire quelques mois.

Il est donc normal de vous demander si vous avez envie de le faire.

Si la réponse à cette question est oui, vous pouvez directement passer au point suivant.

Si votre réponse est non, quelle en est la raison ?

Est-ce un manque de temps ? (probablement la raison n°1 pour beaucoup) – Dès lors, pourquoi ne pas écrire un texte plus court, comme une nouvelle ou un petit roman ?

Est-ce le manque de motivation ? Dans ce cas, que diriez-vous d’essayer un NanoWriMo ?

Est-ce le manque d’organisation ? Un sentiment de confusion, de ne pas savoir par quel bout commencer ? Ou alors tout simplement votre histoire vous intimide, vous manquez de confiance en vous et perdez trop de temps à peaufiner encore et encore la préparation au lieu de vous mettre à écrire ? Si vous vous reconnaissez dans ces questions, j’espère que cette série de billets consacrés à l’écriture vous aidera à y voir plus clair et à sauter le pas.

Ôtez-vous de l’esprit qu’écrire doit être une activité difficile, qui vous arrache la moitié de votre âme et vous pousse à souffrir les mille et une difficultés que les affres de la création jettent sur votre chemin.

Ecrire une histoire, au contraire, peut être une activité plaisante et facile. Raconter fait partie de notre ADN, même si nous ne sommes pas écrivains. Et c’est ce confort et cette facilité que je souhaite vous offrir dans cette série consacrée à l’écriture et à l’autoédition.

2. Le puits des idées

Donc vous voulez écrire. Maintenant se pose la question de ce que vous voulez écrire. Autrement dit : comment trouver une idée de roman/texte/nouvelle ?

Si vous en avez déjà une, vous pouvez directement passer au point suivant.

Par contre, si vous êtes en panne sèche créative, voici quelques pistes pour mettre votre roman sur les rails.

D’abord, dédramatisez. Vous ne serez pas original : tout a déjà été dit, pensé, écrit. Ce qui sera original, ce ne sera pas votre idée, mais la manière dont vous allez lui donner vie (= comment vous allez l’articuler, l’enrichir, la peupler et l’écrire).

Ensuite, trouvez un point de départ : une envie, une image, un personnage, une phrase ou une intuition et creusez.

Comment ? Vous n’avez rien de tout cela ? Pas de panique, tout n’est pas perdu.

Solution 1 : Laissez votre esprit filer tout au long de la journée. Observez ce qui vous entoure et essayer de le replacer dans le contexte de votre roman (rappelez-vous, vous êtes censé avoir déterminé le genre dans lequel vous souhaitiez écrire la semaine passée).

Ainsi, observez le monde et imaginez comment cela pourrait entrer dans le genre de votre roman ?

Voici quelques exemples :

Vous voulez écrire un thriller : est-ce que le guichetier qui vous tend votre billet de train pourrait être un dangereux serial killer ? De quel genre seraient ses victimes ? Comment les aborderait-il ? Comment les tuerait-il ? Pourquoi ? Etc.

Vous voulez écrire un roman d’espionnage : la personne qui vient de filer devant vous en trottinette, pourrait-elle être un agent en mission et son sac refermerait-il des documents top secret ? Quel genre de documents ? Où se rend cette personne ?  Fuit-elle quelqu’un ? Comment a-t-elle récupéré ces documents ? Etc.

Vous rêvez une histoire fantastique : et si votre patron était en réalité un monstre surnaturel ? Quel genre de monstre serait-il ? Pourquoi occuperait-il ce genre de poste ?Quel est son but ? Comment l’en empêcher et qui peut l’en empêcher ? Etc.

Bref, vous avez compris l’idée : fabulez. Réveillez le mito mégalomane qui sommeille en vous et donnez-lui carte blanche. A coup sûr, il va vous trouver quelques super départs d’histoires.

Solution 2 : Partez d’un élément existant. Cet élément peut-être un slogan ou une image, ou encore la couverture dont vous rêvez pour votre livre.
Que dit cette phrase ? Qu’est-ce que cela implique ? Qui la dirait, dans quel contexte ? A qui ? Etc.

Qu’y a-t-il sur cette image ? Et si les apparences étaient trompeuses ? Qui serait qui et ferait quoi à qui ? Etc.

Solution 3 : Vos souvenirs, qu’ils soient réels ou imaginaires.

Petits, quelles étaient vos croyances absurdes (du genre « le voisin est un extraterrestre » ou « une tentacule va sortir de la cuvette des WC ») ? Transposez-les et adaptez-les à votre vie d’adulte : comment ça se passerait pour vous aujourd’hui ? Ou bien, partez du principe que ce que vous pensiez était vrai. Que vous serait-il arrivé comme aventure ? Que serait votre vie aujourd’hui ? Qui seriez-vous aujourd’hui ? Qui fréquenteriez-vous aujourd’hui. Etc.

Solution 4 : Last but not least : parlez à votre page, elle vous répondra.

Vous séchez toujours. Voici la dernière technique que je peux encore sortir de mon chapeau : les questions/réponses.

Prenez un carnet, une feuille blanche, ouvrez une page de traitement de texte et parlez-vous à vous-mêmes. Posez-vous des questions et répondez-y. Osez être plusieurs dans votre tête.

Vous arriverez ainsi à quelque chose comme :

« – J’ai envie d’écrire un roman fantasy.

– Très bien, qui en serait le personnage principal ?

– J’aimerais que ce soit une fille.

– Décris-là. »

Etc. Vous avez compris l’idée.

Retenez d’ailleurs cette technique, elle pourra vous servir plus tard. En fait, personnellement, je m’en sers dès que j’élabore mon plan ou que je cherche des idées de péripéties. Je m’en sers aussi en cas de panne : motivation, inspiration, idées.

3. Illustration : Ecrire « La cité des ombres ».

Au départ, je ne savais de mon histoire que ces éléments :

  • Je voulais écrire une histoire fantastique mettant en scène une adolescente ;
  • Je voulais que ce soit le début d’une série, mais que cette série ne concernerait pas forcément que cette adolescente ;
  • Je voulais une histoire écrite « à l’américaine », qui répondrait aux codes du genre fantastique et qui serait élaborée comme un film de l’après-midi ;
  • Je voulais m’adresser en particulier à un public adolescent, mais sans que mon histoire s’y limite et qu’elle puisse convenir à un public plus âgé ;
  • Mon but était de divertir, d’offrir au lecteur un bon moment plutôt que de la grande littérature. Il me faut donc des occasion de dialogues et des rebondissements.

Il me fallait dès lors préciser quelques points, tels que : qui était mon héroïne ? Où vit-elle ? Quel danger va peser sur elle ? Qui est le méchant ?…

En partant de la méthode « Demande à la page », j’ai développé le personnage d’Astrée.

Voici un extrait que j’ai écrit lors de l’une de ces séances « Demande à la page »

J’étais ainsi prête à aborder l’étape suivante, que je développerai dans le prochain billet, et qui consiste à structurer mon idée en plan.

Si vous voulez vous faire une idée par vous-même du livre fini, c’est par ici : La cité des ombres

Pas la patience d’attendre mes autres billets sur le sujet ? Vous pouvez vous procurer « Réussir le NanoWriMo » en version ebook (uniquement, l’appli Kindle permet de le lire sur n’importe uel support). Le contenu est différent de ce que je développe dans cette série de billets, mais reste complémentaire. Il se trouve ICI : Réussir le NanoWriMo

Établir son projet

Disons qu’en matière d’écriture, il y a deux écoles.

Dans la première, vous souhaitez suivre votre inspiration, coucher sur le papier vos émotions, vos ressentis, les histoires qui vous traversent. Votre but est de livrer votre âme à travers votre art, peu importe que personne ne vous lise ou ne vous comprenne.

Dans la seconde, vous êtes soumis aux lois du marché, vous écrivez dans le but de vendre. D’ailleurs, votre seul but est de vous faire de l’argent, peu importe la qualité.

Bon… Et si on arrêtait les clichés ?…

Tout d’abord, qualité et ventes ne sont pas incompatibles.

Un bon livre bien écrit peut tout à fait trouver ses lecteurs et les combler.

De même, écrire peut être très facile et indolore. Pas besoin de vous changer en artiste maudit vivant sous les ponts pour faire de l’art. Et c’est ce que je vais essayer de vous montrer au cours de ces billets : écrire c’est cool, c’est fun et somme toute assez simple.

Donc tout d’abord, tordez donc le cou aux fausses croyances et créer votre propre style de vie et d’écriture. Accordez-vous la possibilité que vous pouvez totalement y arriver et que vous n’avez pas besoin d’être une autre personne que vous-mêmes pour y parvenir.

Ensuite, faites un petit état des lieux et une étude de marché.

L’état des lieux :

1/ qu’aimez-vous écrire ? (littérature, policier, romance, science-fiction, fantasy…) Si vous ne savez pas, partez de ce que vous aimez lire.

2/ quel type d’écrivain êtes-vous ? (« j’écris des kilomètres de texte » ou « tout ce que j’écris est trop court » ou « j’écris dans le vif » ou « j’aime les belles phrases »). Bref, dressez votre portrait et – surprise – toutes les caractéristiques que vous avez trouvées concernant votre écriture et votre style, dorénavant ce sont VOS POINTS FORTS. Ce sont ces particularités qui font votre différences et vous devez les exploiter. Ne luttez pas contre elles, n’ayez pas de complexes parce qu’elles vous font vous sentir « différent. » Au contraire, soyez-en fier et faites-en votre force, votre signature.

3/ quel but poursuivez-vous ? (être accepté par une maison d’édition , être lu, vendre décemment vos livres…)

L’étude de marché (à déterminer et construire en fonction de votre réponse au point n°3 ci-dessus) :

1/ Le point de départ : quel est le type de livres qui correspond à ce que vous voulez faire ? (catalogue de l’éditeur qui vous fait rêver ; observation en librairie ; consultation du top 100 Amazon et des catégories visées).

2/ Êtes-vous sûr de votre choix ? Ce que je veux dire par là, c’est de bien étudier la question : lisez les livres qui correspondent à votre but. Une fois cela fait : voulez-vous toujours écrire dans ce genre ou souhaitez-vous changer ? Ecrire est un long processus, il serait dommage que vous abandonniez en cours de route par faute de conviction et de motivation. Si vous observez les catégories d’Amazon : les catégories que vous avez choisies sont-elles des catégories mortes (le n°1 de cette catégorie ne vend pour ainsi dire qu’un livre par mois – j’expliquerai comment voir cela plus tard) ou tiennent-elles leur promesses en matière de ventes ? + Lisez les livres qui cartonnent dans vos catégories cibles, mais… allez aussi faire un tour sur Babelio et Goodreads : connaissez

3/ Dressez une liste des éléments qui vous plaisent parmi les romans que vous avez vus ou lus : la couverture de celui-ci (d’ailleurs collectionnez celles qui vous plaisent, cela vous servira plus tard), l’héroïne de celui-là, l’univers d’un autre, le ton utilisé par tel auteur, etc.

4/ Dressez aussi une liste des éléments du genre. Par exemple : la majeure partie des livres comportent des loups-garous ou une trahison ou concernent des lycéens à problèmes. Sachez qu’il n’y a pas de mauvaise réponse pour ces listes : elles vous sont personnelles. Elles vous permettent de déterminer les clichés du genre, ce qui vous offrira ensuite la possibilité de faire pareil ou au contraire d’en prendre le contre-pied.

5/ Regardez ensuite les données techniques de ces livres : ils sont longs, courts, faits de descriptions, de dialogues, d’un mélange des deux ?

Voyez tous ces éléments comme des outils de travail qui vous permettront de construire votre roman, mais aussi la manière dont vous allez vous inscrire dans votre genre/catégorie.

Voyons maintenant la manière dont j’ai effectué cette réflexion. Cela me permettra de mieux expliquer les choix qui ont été à l’origine de « La cité des ombres. »

Mon état des lieux

1/En ce qui me concerne, j’aime les histoires qui mêlent des éléments absurdes, surnaturels, étranges ou magiques dans un environnement qui ressemble à notre vie quotidienne. J’aime aussi lire des dystopies ou des histoires portant sur des mondes parallèles. Si je devais décrire mes goûts en matière de lecture avec un film, ce serait Inception.

2/Pour ce qui est de mon écriture, j’ai tendance à écrire des textes relativement courts. Par contre, mes phrases sont souvent trop longues, trop détaillées, chargées d’épithètes. Je voudrais développer une écriture plus simple, plus directe et peut-être, en un sens, plus « pauvre. »

3/Mon but est de trouver un univers d’écriture qui m’épanouit ET qui intéresse suffisamment de lecteurs pour, à terme espérer vivre de mes écrits.

Mon étude de marché :

1/ Les livres fantastiques, fantasy et urban fantasy semblent former la catégorie la plus proche de ce que je voudrais écrire. J’ai donc fait un tour sur Babelio, Goodreads et Amazon. J’ai parcourus les listes de « livres cultes », les « incontournables », les « top 20 », les « top 100 », etc.

2/ Ces genres littéraires me plaisent et les idées d’intrigues, de thèmes ou de personnages me viennent aisément.

3/ Voici un liste succincte des éléments que j’ai relevé au fil de mes lectures :

  • souvent le personnage principal est une jeune fille ;
  • la plupart du temps, le texte est écrit à la première personne et à l’imparfait ;
  • le schéma narratif est celui du « hero’s journey » ;
  • il y a un triangle amoureux ;
  • des retournements de situation du genre l’allié trahit, le personnage qui semblait dangereux ne l’est pas ;
  • selon le genre (fantastique ou urban fantasy) et le type d’édition (maison d’édition ou autoédition), l’écriture est descriptive et narrative vs. directe et acerbe ;
  • les couvertures sont soit une action dessinée (maison d’édition) soit composées d’une héroïne dans son univers et des jeux de couleurs (autoédition). Si on est dans le fantastique, la couverture est plus abstraite que pour de l’urban fantasy ou l’héroïne fait guerrière magique des temps modernes.

4/ Voir ci-dessus.

5/ Livres assez longs : 300 à 400 pages, mélange de description et de dialogues.

Ce que j’ai décidé de faire : un livre condensé : comme j’ai tendance à écrire des textes courts, je serai plus à l’aise. Aussi, en terme de charge de travail, il est plus facile de revoir et de corriger 200 pages que 400.

Comme mon livre serait plutôt fait pour un lectorat adolescents/jeunes adultes, il faut y prévoir du suspense, des retournements de situation et des accroches. Plus facile de rester dans un format court afin de ne pas s’embrouiller dans l’intrigue.

Voici ce que cela a donné au niveau du produit fini tel que je le propose aujourd’hui :

Cas d’école : « La cité des ombres »

Voici le moment pour moi de vous parler du roman qui nous suivra tout au long de ces billets consacrés à la construction pratique d’un roman.

Avant d’en venir à la façon dont j’ai mis en application les points soulevés ci-dessus, laissez-moi vous le présenter.

Le pitch :

On l’avait prévenue. Les Blackthorn sont maudits.

Des malheurs étranges finissent toujours par leur arriver, à eux et à ceux qui les fréquentent.

Pourtant, quand le riche et séduisant Keith Blackthorn invite Astrée à passer un week-end avec lui et ses amis, la jeune fille décide de ne pas tenir compte des mises en garde.

Or parfois, il s’avère que certaines décisions ont des conséquences mortelles.

Ensuite, j’ai voulu donner à ce roman un ADN bien précis. Voici comment je le décris sur la page de vente d’Amazon :

Reading To-Go

Une histoire construite à la manière des blockbusters.

Une expérience de lecture unique et divertissante calibrée pour nos vies trop remplies.

Pas de blabla superflu, une narration rythmée par des rebondissements.

Vous pouvez le découvrir ICI : https://amzn.to/2W78tYb (et la version numérique est gratuite aujourd’hui pour fêter le lancement de cette série de billets dédiés à l’écriture et à l’autoédition).

La suite au prochain billet…

Projet prévu pour les prochaines semaines

À partir de la semaine prochaine, je vous propose d’explorer ensemble mes procédés d’écriture en partant de mon tout dernier roman.

Ce roman (que je présenterai dans le premier billet de cette série) est de type commercial, son genre est fantastique et cible principalement les jeunes adultes adolescents – mais… pas tout à fait car comme je l’expliquerai dans un de mes billets, cibler ce lectorat a fait partie d’une stratégie choisie.

La raison pour laquelle je m’appuierai sur ce roman pour en disséquer la genèse, c’est qu’il a été écrit selon un canevas pré-établi que j’ai nommé « Reading To-Go » (en français : « Littérature à emporter ») et dont le but est simple : divertir le lecteur et lui offrir un bon moment de lecture (et aussi, soyons un écrivain honnête : lui trouver des lecteurs et le vendre).

Chaque billet sera écrit sans fard. Je vous montrerai pas à pas comment j’ai bâti ce livre.

Je vous montrerai donc comment j’ai choisi mon sujet, déterminé mon lecteur-cible, établi le type de livre que je souhaitais avoir (nombre de pages/mots), fait l’étude du marché. Je partagerai avec vous mes brouillons, premiers jets et un ou deux chapitres fini. Je disséquerai les techniques que j’ai utilisées pour construire l’intrigue, le suspense, les enchaînements de chapitres.

Je reviendrai aussi sur mes routines d’écriture : quand et comment j’écris ; comment je fais pour rester motivée et « dans » le projet.

Enfin, je traverserai les différentes étapes en ce qui concerne l’édition quand on s’autoédite : correction, mise en page, prix, choix des catégories, choix/conception de la couverture.

Le but de ces billets est tout d’abord de partager avec vous ma passion de l’écriture, mais aussi de vous montrer de l’intérieur à quoi ressemble l’atelier de l’écrivain. Et je pense que quel que soit vos préférences littéraires ou vos aspirations d’écrivains, vous pourrez sans problème transposer certaines de mes techniques à votre propre travail.

Et si vous rêvez vous aussi d’écrire un roman, mais que vous butez sur certaines étapes du processus, j’ose espérer que vous glanerez au fil de notre petit périples des pistes, sinon des idées pour passer outre difficultés et blocages.

Malgré tout ce qui se dit, le monde d’aujourd’hui, avec la technologie et les moyens qu’elle offre, n’a jamais été aussi propice aux apprentis écrivains. C’est donc le bon moment de vous motiver, de vous y mettre et de vous donner une bonne fois pour toutes le moyen de réaliser ce petit ou grand rêve littéraire que vous avez.


Et soyez-en sûrs, je partagerai aussi avec vous mes réussites et mes ratés concernant ce livre.

Bienvenue dans ma vie d’écrivain !

Crédit image : Siala

Écriture : Et si on inventait sa propre méthode ?

Si vous êtes comme moi, de nature plutôt impatiente, vous avez envie que votre livre soit déjà fini alors que vous n’en avez pas encore écrit la première phrase.

Avant, j’étais ce qu’on appelle en anglais plutôt un « Pantser ». C’est-à-dire que j’avais tendance à écrire au feeling, tête baissée. Cela avait ses avantages :

  • Une écriture vibrante (un peu comme prise sur le vif)
  • Une écriture très visuelle (rendu des images que j’avais dans la tête)
  • Une écriture très brute au niveau des émotions (et qui prennent le lecteur plus par les tripes que par le cerveau)
  • Un enthousiasme franc (à peine imaginé, hop je me lance dans le projet)
  • Du suspense (ben oui, j’ignore moi-même ce qui va arriver dans mon histoire)
  • Mille projets à la fois (car mille idées en tête et, rappelez-vous, je suis de nature impatiente)

Mais ces avantages avaient leur revers de médaille :

  • Une productivité inégale (le début démarrait sur les chapeaux de roue, ensuite l’écriture se faisait plus lente et plus pénible)
  • Pas mal de mes textes n’ont jamais rencontré le mot « Fin » car j’étais tombée dans une impasse avec mon histoire et ne savais pas comment en sortir
  • Celle qui atteignaient le mot « Fin » rencontraient des problèmes de construction (vois ci-dessous)
  • J’avais peu de logique dans l’enchaînement de mes épisodes. Je devais retravailler après coup ma structure, bouger des scènes, du coup les réécrire
  • Le rythme de mes histoires était inégal, des scènes identiques se suivaient d’un bloc
  • Je devais réécrire et retravailler beaucoup pour apporter le fini que j’attends d’un texte

Pendant un temps, j’avais trouvé une parade : écrire à l’instinct des scènes de différentes parties de mon histoire. C’est ce que j’ai fait pour mon premier roman, accepté et publié par une maison d’édition. J’avais distingué 5 étapes ou périodes dans mon histoire et j’écrivais ce qui m’inspirait sur le moment. Je traçais ensuite une ligne dans mon document Word et écrivais une autre scène.

Au bout de trois mois d’écriture quotidienne, j’ai imprimé le tout, me suis armée de ciseaux et ai découpé chaque scène. Je les ai relues une par une et les ai classées en cinq tas selon l’endroit de l’histoire qu’elles racontaient.

Ensuite, j’ai repris chaque période de mon histoire et ai classé ces scènes entre elles. Force a été de découvrir que j’avais parfois écris trois fois la même et que d’autres enchaînements manquaient cruellement.

J’ai fait cela pour toute l’histoire et suis ensuite retournée à l’écriture afin d’ajouter les scènes qui manquaient à mon histoire.

Une fois l’histoire complète, je l’ai imprimée, relue et fais des corrections.

Je l’ai ensuite envoyée à des maisons d’édition et l’une d’entre elles l’a acceptée (Les Éditions Phi, l’éditeur le plus important du Luxembourg).

Cependant, cette technique incluait pas mal de perte (de temps, de texte) et s’adapte mal à des délais imposés, ce qui s’est produit quand j’ai commencé à écrire des livres comme « nègre littéraire ».

L’avantage, quand vous êtes le porte-plume, c’est que quelqu’un d’autre vous fourni la trame, les épisodes et la structure de l’histoire. Parfois, vous avez aussi des personnages. Ce qu’on vous demande à vous, la plume, ce sont les mots et le style.

Électrochoc.

De « Pantser », je devenais quelque peu « Plotter » (ceux qui préparent toute l’intrigue de leurs romans.

En un sens, je n’ai pas trop remis en question ma manière de faire car je continuais à écrire au feeling des scènes dans le désordre. Mais ce qui avait changé, c’est que j’avais moins de pertes au niveau du texte. Je n’avais pas non plus de scènes manquantes car je savais d’avance les étapes dont l’histoire avait besoin.

Quand je suis revenue à mes projets personnels, je me suis alors rendue compte que ma méthode de départ était une méthode peu efficace. Je retombais dans mes travers de départ : beaucoup d’idées, beaucoup d’enthousiasme, des textes finis (s’ils atteignaient le mot « FIN » souffrant toujours des mêmes problèmes de structure.

Or les problèmes de structure, pour une histoire écrite, c’est un peu comme une maladie incurable : ça s’infiltre partout et malgré l’énergie, le temps et toute votre volonté, votre histoire finit par être inhumée dans un des tiroirs de votre bureau.

J’avoue que cela a fortement entamé la confiance que j’avais en moi en tant qu’écrivain et dans mon écriture. Toutes mes réussites passées me semblaient être le fruit du hasard plutôt que le résultat de mon travail ou la preuve d’un quelconque talent.

J’ai alors commencé une longue période qui s’apparente à l’anorexie de l’écriture : je n’écrivais plus rien – à quoi bon, cela ne me plaisait pas.

Cependant, quand on aime les textes, on reste dans le domaine et c’est ainsi que j’ai fini dans une société qui travaille dans le domaine de « l’Entertainment ». Mon travail ? Écrire des synopsis de films et d’épisodes de série. J’ai aussi commencé à lire pas mal de livres sur les techniques de scénario car, à force de résumer des films, on s’intéresse aussi au travail qui se trouve derrière.

Et ainsi, on découvre l’univers des « Plotters » qui préparent toute leur histoire à l’avance. Qui font des fiches personnages, qui font des plans de leur univers, qui prévoient jusqu’à la moindre mouche qui vole dans leur histoire.

Je me suis dit « Pourquoi pas faire pareil ? » Résultat ? Horreur ! Malheur !

Je trouvais cela péniblissime.

Ce que j’aime, c’est écrire, pas remplir des fiches ni décider pour mes personnages des choses que je ne sais même pas à mon propre sujet (j’ignore par exemple quelle est ma couleur préférée, mon plat préféré et mon goût favori de crème glacée).

Résultat : aucune histoire à écrire en vue. J’abandonnais au bout de quelques jours mes fiches, programmes et autres.

Ma seule écriture se résumait, en dehors de mon travail, à des nouvelles (que vous pouvez télécharger gratuitement ici (attention, personnes sensibles s’abstenir) : https://bit.ly/2DMm4dL)

Et j’ai continué à lire ces livres de scénario, d’écriture. Et je continuais à trouver tout cela stérile.

Puis j’ai fait quelques découvertes, notamment celle du flocon de neige (« Snowflake »).

J’ai essayé, suis arrivée au bout des étapes, mais le texte qui en est sorti était certes fini, il avait une structure qui « marchait, mais il est rigide, sans âme. Bref, je ne l’aimais pas et il a rejoint le tiroir dans lequel j’ai enterré ses prédécesseurs.

Cependant, cette expérience a déclenché quelque chose en moi. Il fallait que je tisse ma propre méthode, celle qui préviendrait les dégâts causés par mes points faibles et qui mettrait en valeur mes points forts.

En gros, une manière de faire qui me permettrait de trouver, pour mes propres textes, ce que j’obtenais quand j’écrivais pour d’autres.

Alors j’ai peu à peu, à force d’essai et d’erreur, mis au point quelques étapes sur lesquelles je peux m’appuyer et construire mon texte sans me sentir mourir d’écrasement sous le poids des contraintes.

La voici dans la version qu’elle a aujourd’hui (et qui reste évolutive) :

1/ La chasse aux idées (étape continue, j’en parle ici : https://auroredrey.com/2019/01/21/ecrire-ou-trouver-ses-idees/)

2/ Choisir l’idée et écrire tout ce que je sais à son sujet.

Et cela est finalement assez simple. Il s’agit généralement de celle qui ne quitte pas mon esprit et qui en un sens cherche à s’écrire toute seule (j’ai des scènes qui me viennent toutes seules en tête, je vois les personnages, imagine des rebondissements, je peux imaginer ce que serait l’histoire une fois finie et comment elle se terminerait…), et tout cela, je le note et le range dans une boîte à chaussure dédiée à l’histoire (ces idées seront mes « épisodes » et constitueront ma structure et les scènes de mon histoire).

3/ Je détermine quel est le thème de mon histoire (l’amour, la vengeance, la tromperie, la communication, la confiance en soi…) et je définis deux thèses au sujet de ce thème. Chacune d’elle est son propre contraire (par exemple : thèse 1 : « l’amour est plus fort que tout » ; thèse 2 : « l’amour est une chose fragile que l’on peut détruire facilement » ou thèse 1 : « seules la science et la technologie peuvent sauver le monde » ou thèse 2 : « seuls l’instinct et la foi peuvent nous sauver de nous-mêmes et donc sauver aussi le monde », etc.)

En fait, l’idée ici est de savoir quelle thèse va illustrer chaque scène et d’alterner cela. Par exemple, la scène 1 illustrera la thèse 1 et la scène suivante illustrera son antithèse.

C’est aussi le moment où je décide quelle thèse sera celle du livre (en gros : quelle théorie sera la gagnante de mon histoire).

4/ Je pense au méchant et surtout… à son plan. Que veut-il ? Quel est son but ? Comment veut-il arriver à ses fins. J’écris toutes mes idées, tout ce que je sais à ce sujet, et hop, je le place dans ma boîte à chaussures.

5/ Quand ma boîte est remplie, je sors toutes mes idées et je les remets en ordre. Je réfléchis alors au déroulement de mon histoire : qu’est-ce qui manque ? Pour aller de telle étape à telle étape, comment je peux faire ? Et hop, j’écris de nouvelles idées sans me censurer. Et je les ajoute à mes notes.

(A suivre…)

­– Aurore

Écriture : Comment écrire plus ? – 1

Et si on apprenait d’abord à se connaître ?

Avant de décider de sa destination, il est utile de savoir dans un premier temps où l’on se situe dans le monde, car la route pour se rendre à Rome ne sera pas la même selon que l’on parte de Paris ou de Munich ou de Vérone. Donc, avant de culpabiliser et de se mettre une pression d’enfer, faisons un petit état des lieux.

Où, comment et de quelle manière écrivez-vous ?

Pour le savoir, il faut se faire violence et tenir à jour un petit fichier (oui, oui, un truc avec des chiffres à compter tous les jours), que ce soit une note dans votre téléphone, un compte dans votre agenda ou la tenue d’un fichier Excel.

Et, croyez-moi, tenir ce genre de décompte risque bien de provoquer en vous quelques découvertes bienvenues concernant vos habitudes d’écrivain.

J’ai commencé à tenir un décompte de mes séances d’écriture après avoir lu « The Writing Productivity Bundle » de Monica Leonelle (qui est disponible ici : https://amzn.to/2AYXfbw).

Cette expérience m’a permis de me rendre compte qu’en réalité je suis plus productive que je ne le pense.

Du coup, cela a augmenté ma confiance en moi et en mon écriture de façon assez dramatique. Notamment, parce que j’ai découvert comment écrire plus et quasiment tous les jours.

Cela m’a aussi permis de découvrir le méthode Pomodoro et celle des micro-séances (un billet sera fait à ce sujet).

Maintenant, avec un métier à plein temps, un hobby chronophage et toutes les exigences quotidiennes (lessive, ménage, courses…), je parviens à écrire 700 mots les jours les plus chargés et près de 3.000 les jours les plus productifs. Et le plus incroyable… c’est que je le fais sans même m’en rendre compte.

Alors, comment faire pour connaître sa productivité actuelle ?

Je joins à ce billet un fichier Excel assez facile à remplir.

Il suffit d’y noter la date, le moment ou le lieu de votre séance d’écriture (matin, avant le repas, le soir… ; chez soi, dans un café, une bibliothèque…).

Ensuite, deux possibilités vous sont offertes : limiter votre temps (ce que je fais la plupart du temps) ou vous chronométrer. Vous pouvez facilement faire les deux avec le minuteur ou le chronomètre de votre téléphone.

En ce qui me concerne, j’aime limiter mon temps car ayant une vie assez chargée, il est plus facile pour moi de m’asseoir devant ma page si je me dis que « je n’en ai que pour 10 minutes ». Ou encore, je trouve moins effrayant de me dire « Je travaille à cette scène seulement 25 minutes ». Par contre, si j’ai le temps et que je suis d’humeur, j’écris sans limite et me contente d’activer le chronomètre.

Tout dépend donc du fait que vous êtes ou non dans un bon jour ou dans une routine qui vous donne ou non des plages de temps libre.

Vous entrez ensuite vos temps d’écriture et le nombre de mots écrits.

Il y a cinq entrées dans le fichier, mais vous pouvez en insérer plus si besoin et vous tirez la formule sur vos lignes ajoutées.

Si vous avez effectué moins de cinq périodes d’écriture, contentez-vous de mettre un zéro.

Le fichier calculera ensuite tout seul votre vitesse d’écriture.

Vous pouvez aussi ajouter des remarques comme « séance inspirée », « scène facile », « fait par dictée »…

Au bout de quelques jours, vous allez découvrir ce qui vous rend ou non productif. Ecrire le matin ? Le soir ? Ecrire chez vous ? Ecrire quand vous limitez votre temps ou au contraire quand vous avez toute la vie devant vous ?

Considérez ceci comme une manière de mieux vous connaître. D’autres billets sur la manière de gérer ses temps d’écriture et de les rendre les plus productifs possibles suivront.

– Aurore