Ma vie d’écrivain

Trois livres pour changer de vie… quand on écrit

Aujourd’hui,

Je vais vous parler de livres.

J’ai décidé de participer à l’événement « interblogueurs » lancé par Olivier Roland sur son blog « Des livres pour changer de vie » et je vais vous parler de trois livres qui ont changé ma vie.

Pour être plus précise, je vais surtout vous parler de trois livres qui ont changé mon écriture et ma façon de concevoir mon travail d’écrivain.

Le premier livre qui a opéré un véritable électrochoc quant à ma façon d’envisager l’écriture, c’est « Champion dans la tête » de François Ducasse.

Au départ, je n’ai pas lu ce livre pour améliorer mon écriture, mais pour trouver des moyens et des astuces pour améliorer mon mental quand je participe à des compétitions sportives.

Or ce livre a totalement révolutionné ma manière d’envisager l’écriture et ma façon d’être écrivain.

J’ai commencé à écrire des histoires très jeune, à l’âge de neuf ans. A cette époque, écrire était très facile pour moi. C’était un acte naturel, je noircissais des cahiers sans trop me poser de questions.

Les choses se sont compliquées en grandissant et en prenant conscience du regard des autres. Comme beaucoup de personnes qui rêvent de se lancer dans l’écriture, j’ai commencé à développer des complexes d’infériorité. Je trouvais mes histoires fades, entendues et ridicules. Et ce, alors qu’en face de moi se trouvaient tant de livres écrits par d’autres sur les étalages des librairies. Il s’est alors produit ce qui se passe lorsque l’on se sent nul vis-à-vis d’un sujet qui nous tient à cœur : j’ai arrêté d’écrire. Mes histoires étant mauvaises et toujours inachevées, il m’était plus facile de glisser mes sentiments et mes problèmes d’écriture sous un tapis et de faire comme s’ils n’existaient pas.

Cependant, une passion, quelle qu’elle soit reste une partie de vous. Lorsque j’ai commencé l’université, je me suis remise à l’écriture. J’écrivais alors essentiellement des nouvelles de quelques pages. Mes textes étaient alors empruntés et terriblement mauvais. J’aspirais à être l’écrivain classique qui changerait à jamais le visage de la littérature. J’avais à l’époque cette vision romantique et idéalisée de l’écrivain incompris dont l’art, pourtant si éblouissant, reste incompris par la masse. Vous l’aurez compris, mon trip, c’était l’écrivain maudit : faire de l’art ou mourir.

Cette vision élitiste du métier d’écrivain m’a poursuivi plusieurs années. Elle était nourrie par le cadre universitaire et le regard extrêmement classique et critiques que les intellectuels portent sur l’art et la culture.

Bien qu’aujourd’hui je ne pense plus de cette façon, je ne renierais en aucun cas cette vision des choses car la vivre me permet de comprendre aujourd’hui de nombreux complexes vécus par les auteurs (sentiment de l’imposteur, regard ultra-critique envers soi-même, jugement à l’emporte-pièce du travail des autres…).

Et cette époque a aussi apporté son lot de bonnes nouvelles : j’ai compté parmi les lauréats du prestigieux Prix du Jeune Ecrivain, mon premier roman a trouvé un éditeur et j’ai été l’écrivain fantôme de quelques biographies.

Pourtant, malgré ces réussites, je continuais à me sentir « nulle » quant à mes compétences d’écrivain. J’estimais avoir eu de la chance et je continuais de me comparer aux grandes stars des lettres et à trouver tout ce que je réalisais bien pâle en comparaison.

Je suis sûre que beaucoup d’entre vous qui lisent ces lignes éprouvent ou ont éprouvé ce sentiment, qu’ils aient ou non été publiés ; qu’ils aient ou non terminé un manuscrit ; qu’ils aient ou non jamais écrit la première ligne de leur roman.

Et puis est venu la lecture de Champion dans la tête. Ce livre, destiné à structurer le mental des sportifs de haut niveau, offre une analyse qui peut être transposée à pratiquement tous les domaines de la vie, y compris l’art et l’écriture.

Ce qui a été inestimable pour mon travail d’écriture, c’est la manière dont l’auteur met en avant le fait qu’un sportif devient un performer quand il est capable de sortir des sentiers battus, voire de devenir un mauvais élève.

Cela peut sembler idiot, mais cela a été pour moi comme une révélation. J’ai vécu la lecture de ce livre comme une libération. Du jour au lendemain, je ne devais plus correspondre aux critères élitistes de la grande Littérature, j’étais subitement devenue libre d’écrire ce dont j’avais envie, ce qui me plaisait et surtout, ce qui me correspondait à moi.

Ce livre a opéré une véritable révolution copernicienne sur ma manière d’envisager l’écriture. Pour la première fois, ce qui comptait n’était plus le regard que les autres allaient poser sur mes écrits, mais ce que moi j’en pensais.

Ce ne fut pas pour autant facile, car les habitudes et les complexes ont la vie dure. Cependant, une fois que vous avez entrevu la lumière au fond du tunnel, vous ne pouvez plus vivre comme si elle n’existait pas.

Etape par étape, pas après pas, j’ai construit ma nouvelle façon d’écrire. Une façon plus libre, plus décomplexée et aussi bien plus heureuse.

Et comme une chose n’arrive jamais seule, une fois que j’ai changé ma façon d’envisager l’écriture et ma carrière en tant qu’auteur, d’autres opportunités d’avancer se sont présentées. Ces autres opportunités sont les deux autres livres dont je vais maintenant vous parler.

Le second livre qui a changé mon écriture, c’est « Write Your Novel from the Middle » de James Scott Bell.

Comme beaucoup d’apprentis auteurs, j’ai lu de nombreux livres sur les techniques d’écriture, depuis « Ecriture » de Stephen King à L’anatomie du scénario de John Truby.

Pourtant, si toutes ces lectures ont été passionnantes, aucune ne m’a servi dans la pratique. J’étais le plus souvent perdue entre les différentes étapes et fiches préparatoires.

Malgré tout, comme je suis plutôt aussi tenace que passionnée, j’ai continué à lire ce type d’essais. Comme seule une petite portion de cette littérature de l’écriture existe en français, j’ai fini par m’attaquer à l’anglais. Cela m’a permis de tomber sur cette petite perle de James Scott Bell. D’ailleurs, si vous lisez l’anglais et êtes passionnés d’écriture, je vous conseille fortement tous ses ouvrages, qu’il s’agisse de l’écriture des pulp fiction ou du marketing destiné aux auteurs.

Revenons à notre mouton, et plus précisément à cette idée maîtresse du livre de Bell qui est d’écrire son roman à partir du milieu.

J’ai déjà parlé de cette technique dans mes billets consacrés à l’écriture d’un roman et vous invite à vous y reporter si vous souhaitez en savoir plus à ce sujet car ce dont je vais parler ici ne sera pas tant technique que l’électrochoc que cela a généré sur ma façon de construire mes histoires.

Jusqu’à ma lecture de Write Your Novel from the Middle, j’envisageais mes histoires de façon linéaire : scène d’ouverture -> élément perturbateur -> péripéties -> climax -> résolution -> scène de fin (je résume ; si vous voulez creuser le sujet, les livres de Snyder sont parfaits pour vous y initier).

Résultat ? Mes intrigues étaient un peu molles et entendues. En fait, elles étaient trop construites dans une logique de cause à effet, ce qui rendait les rebondissements au sein de l’histoire inexistants.

Avec le livre de Bell, j’ai tout à coup entrevu une autre manière de bâtir mes histoires. Une manière alors axée sur le personnage principal et qui est offre alors une façon plus organique de construire l’intrigue.

En quelques heures (c’est le temps que demande la lecture de ce livre), je n’ai plus jamais envisagé le plan d’un roman de la même façon. Et le résultat s’en ressent. Mon dernier roman, La cité des ombres, auto-publié, suscite à chaque fois la même réaction : « on le lit car il se passe tout le temps quelque chose et on se demande ce qui va arriver ensuite. » Et la technique de Bell apporte précisément cela : une intrigue forte remplie de rebondissements. Cette technique, c’est la clé qui permet d’écrire des histoires construites à la manière des blockbusters d’Hollywood, rien que ça !

Je vais à présent aborder le troisième livre qui a changé ma façon d’envisager l’écriture.

Bien que sa lecture se soit située entre « Champion dans la tête » et « Write Your Novel from the Middle’, je le présente en dernier.

Ce choix tient du fait qu’il ne parlera peut-être pas à tous ceux qui visitent régulièrement ce blog car il est purement consacré à l’auto-édition.

En 2018, j’ai sauté le pas et décidé d’auto-éditer un recueil de nouvelles et la nouvelle qui avait été sélectionnée par le Prix du Jeune Ecrivain.

Ce fut en soi une bonne expérience et le fait de sortir deux formats courts m’a permis de tremper le bout de mes orteils dans le monde de l’auto-édition . J’ai pu alors me rendre compte 1/ que ce type d’édition me correspond tout à fait, voire même plus que l’édition à compte d’éditeur ; 2/ que je n’étais pas tout à fait préparée à l’expérience.

J’ai donc commencé à me documenter et comme les Etats-Unis ont quelques longueurs d’avance sur ce sujet, j’ai commencé à lire des livres en anglais jusqu’à découvrir un livre écrit par un collectif d’auteurs : « Write and Grow Rich. » Le titre est calqué sur le livre très connu de Napoleon Hill et, si vous souhaitez vous auto-éditer, je vous le conseille plus que chaudement.

En fait, ce livre est un incontournable. Non seulement pour le nombre d’expériences qu’il regroupe, mais aussi pour les idées, les conseils et les perspectives qu’offre le monde de l’auto-édition.

Nous vivons aujourd’hui à l’ère de l’information, il n’a jamais été aussi facile pour un auteur de vivre de sa plume qu’aujourd’hui (et je maintiens cela malgré les actions (légitimes) « Paye ton auteur » et l’effondrement de la structure culturelle en France – qui d’ailleurs concerne essentiellement la France et non tout le monde francophone). Ce que je veux dire, c’est qu’à l’heure actuelle, il existe bien des manière valables d’être écrivain et que les systèmes d’hier ne sont plus les opportunités d’aujourd’hui et de demain. Si vous partagez cette idée, alors des livres comme « Write and Grow Rich’ sont faits pour vous épauler dans votre démarche.

Quoi qu’il en soit, gardez à l’esprit que ce qui compte, c’est que vous fassiez, lisiez, écriviez ce qui vous plaît et vous rend heureux. Le reste est silence (ou brouhaha).

Écrire un roman : Créer ses personnages

Au cours des billets précédents, nous avons vu comment trouver une idée et comment la développer au point d’avoir le squelette d’une intrigue.

Avant de nous attaquer au plan, nous allons faire un détour et nous pencher sur le casting de notre histoire.

Maintenant, nous savons :

1/ quel est le sujet de notre histoire ;

2/ à qui elle s’adresse ;

3/ quels seront ses temps forts

Il nous faut maintenant déterminer QUI va la vivre.

Sur ce point, je vais être très simple et pragmatique : je m’arrange pour que mes personnages soient les plus vagues possibles avec juste assez de particularités pour que le lecteur s’y retrouve.

Je sais qu’avancer cela va en horrifier plus d’un, mais je vous avais promis de vous livrer mes techniques d’écriture sans me censurer.

En ce qui me concerne, je pars du principe que plus un lecteur a de blancs à remplir avec son imagination, plus il pourra imaginer ce personnage. Une description simple en deux coups de crayon donne au lecteur toute la latitude pour donner vie au personnage et en un sens pour se reconnaître en lui.

L’autre avantage, c’est que lorsque j’écris c’est mon histoire qui prime. Mes personnages servent et s’insèrent dans mon intrigue, ils n’ont pas d’autre fonction que de vivre et de véhiculer mon histoire.

Donc pas de fiche détaillée en ce qui me concerne. Pas de backstory, pas d’analyse psychologique, rien de tout cela. Je me contente volontairement du strict minimum en ce qui les concerne.

Je note par exemple la couleur de leur cheveux, de leurs yeux, et deux à trois traits particuliers (grande, s’habille toujours en bleu…). Le seul but de ces notes, c’est que je m’y retrouve moi-même et que mes personnages ne changent pas de couleur de cheveux en cours d’histoire.

Pour La cité des ombres, la description/feuille de route de mes personnages tenait sur 1 page A4 recto-verso.

Cependant, je n’effectue pas cette étape de façon fantaisiste ou hasardeuse. Mes personnages répondent à des critères précis :

1/ comme j’écris pour des adolescents, mes personnages principaux sont des adolescents.

2/ ils doivent être aussi ordinaires et banals que possible. Ce qui doit être extraordinaire dans mon histoire, c’est ce qui leur arrive, pas eux.

3/ comme ils sont ordinaires, ils vont devoir se montrer fûtés et intelligents pour s’en sortir.

4/ les adultes, qu’il s’agisse de parents, de professeurs, de guides ou de mentors, sont tout à fait inutiles. D’ailleurs, soit ils se montrent incrédules soit ils sont absents ou dépassés.

5/ c’est le point le plus important : je dois savoir ce que VEUT chaque personnage important, son rêve secret, ce qu’il espère plus que tout. C’est d’ailleurs, pour le personnage principal, autour de ce point que va s’articuler son « Moment miroir » du récit.

6/ enfin, comme ils s’agit d’adolescents, ils doivent se comporter comme des adolescents et donc ne pas se montrer ni trop sérieux ni trop responsables.

Voilà, en ce qui me concerne, la façon dont je crée mes personnages. J’ai bien conscience que cela va à contre-sens de toutes les théories d’écriture qui vouent un véritable culte au personnage. Cependant, ce qui compte, pour moi, c’est de divertir le lecteur, de lui offrir une bonne histoire afin qu’il passe un moment agréable. Je ne suis pas là pour l’assommer avec des détails concernant le passé larmoyant de mon héroïne ni lui servir des dizaines de pages indigestes et inintéressantes concernant son manque de confiance en elle.

Tout l’art consiste à faire des personnages simples auquel le lecteur puisse s’identifier et de jeter ce personnage dans une aventure pleine de rebondissements qui avance à toute vitesse.

Réfléchissez et relisez les plus grands succès actuels. Comparez le soin apporté par l’auteur à son intrigue à celui qu’il accorde au détail de ses personnages. Dans la mesure où les meilleurs best-seller comportent essentiellement des personnages « en carton », vous êtes à même de deviner que si tout le monde les lit, c’est parce que le lecteur souhaite autre chose qu’une plongée introspective dans les affres de l’âme du héros : c’est l’histoire ou le ton sur lequel on la raconte qui comptent et les personnages sont à leur service.

La grande question à vous poser maintenant est celle de savoir si, en tant qu’auteur, vous êtes prêt à penser à contre-courant des théories actuelles et à faire l’impasse sur le culte du personnage de roman.

Pour moi, jeter à la poubelle toutes ces « fiches perso », ces « questionnaires de personnalité », ces « analyses des motivations » de mon personnage et sa « backstory » a été non seulement libérateur, mais m’a aidée à écrire plus vite. Tout ce temps perdu à compléter ces fiches inutiles, je le passe maintenant à écrire et à faire vivre à mes personnages de folles aventures. En gros, se montrer mauvais élève a libéré ma créativité.

Ce qui compte, c’est d’écrire et de finir votre roman. Dès lors, prenez ce qui marche pour vous, même si d’autres ne font pas comme ça.

Où me lire gratuitement ?

Pour le moment, je publie chaque vendredi des chapitres d’un roman en cours d’écriture.

Si vous voulez voir à quoi ressemble un de mes premiers jets, je vous invite à me rejoindre sur Wattpad.

Mon roman en cours est un roman de type « commercial » à destination des jeunes adultes.

L’héroïne principale s’appelle Aleisha Grey et est une jeune chasseuse de démons. Si vous voulez suivre ses aventures, c’est ICI : https://my.w.tt/gDraVSeVSX

Cerise sur le gâteau, il y a aussi une version anglaise et italienne du texte

Ecrire un roman commercial – Partie 3

Voici la dernière partie concernant la préparation de l’intrigue

9. Le changement de paradigme – La mort me serre dans sa main (n°2/3)

Les petits événements montrant quelques chapitres plus tôt que la mort rôdait viennent de trouver leur conclusion : quelque chose de terrible ou d’incompréhensible vient d’arriver. Et cela change tout.

D’une certaine manière, ce moment est un retournement de situation dans lequel notre héros se retrouve en mauvaise posture : la mort le serre dans sa main.

C’est ici l’apparition n°2 de la mort dans notre règle de 3.

Dans La cité des ombres, ce changement de paradigme survient quand Astrée se retrouve propulsée dans la cité des ombres. Elle est maintenant coincée dans un monde parallèle.

A nouveau, dans les chapitres qui suivent, on montre à quel point le personnage principal est maintenant coincé dans la main de la mort. Le lecteur pressent qu’une confrontation dangereuse va avoir lieu.

Dans La cité des ombres, ces événements sont l’état inquiétant d’Anica, le fait que tous deviennent peu à peu gris. Il s’agit aussi des mises en garde des personnes coincées dans la cité des ombres. C’est aussi la capture d’Astrée et ses amis.

10. J’ai un cœur, même si cela me fout dans la mouise

Ici, selon le développement de votre personnage, vous montrez que, même en mauvaise posture, il prend soin de quelqu’un de plus faible que lui.

Dans La cité des ombres, je le montre peu. Je m’en sers surtout pour le personnage de Keith qui aide Anica à sortir de la bibliothèque.

11. La découverte du secret, l’indice. Maintenant, tout doit finir/faut qu’on en finisse/ca ne peut plus durer

A nouveau, il s’agit d’un retournement de situation. Quelque chose que l’on pensait sûr ne l’est pas. Un allié se révèle être un traître.

Cette révélation est un coup de couteau dans le moral du personnage. A présent, pour lui, « tout est perdu ».

Dans La cité des ombres, il s’agit bien évidemment de la trahison de… (vous voulez savoir ? C’est dans le roman 😊 )

12. L’antagoniste attaque. Il n’a plus rien à perdre. Il n’avance plus masqué et ne porte plus de gants, il attaque donc frontalement – La mort est là (3/3)

C’est la suite logique du point 11. Maintenant, la mort est imminente.

Dans La cité des ombres, c’est la « mort » d’Anica. Astrée sait que son tour va arriver. Elle est résignée, pour elle, maintenant, « tout est perdu. »

Et cela nous conduit à…

… 13 . Au « Moment Miroir », à l’examen de conscience – se regarder dans le miroir : « change ou meurs! »

Ici, le personnage se rend compte de ses limites, de qui il a été jusque-là et ne veut plus être cette personne.

Il s’agit pour lui de mourir symboliquement à la personne qu’il était pour devenir quelqu’un d’autre : celui qu’il veut être.

Ce moment a lieu, dans La cité des ombres quand Astrée décide de tout faire pour survivre.

Et sa prise de conscience est immédiatement récompensée : elle trouve un moyen de se libérer et reçoit l’aide d’un allié inattendu.

14. Transformation, la mettre en scène .

La suite du récit illustre ce nouveau « moi » du héros : sa volonté de lutter et de survivre.

Dans mon roman, c’est la suite des péripéties jusqu’au moment où, enfin, notre « Moment Q » a lieu.

15. Le moment Q : retrouver la foi/la force (3/règle de 3)

Ici, l’objet/le pouvoir/la citation que le héros a reçu au début du récit prend toute son importance.

C’est le moment exact où le gadget de James Bond va sauver le héros d’une situation perdue d’avance.

En ce qui concerne La cité des ombres, je vous laisse le découvrir.

16. Contre-pied du « J’ai mon avis sur la question »

Il s’agit à présent de montrer que tout a changé. Que le héros et son regard sur sa vie et le monde ont évolué.

Dans La cité des ombres, j’illustre cela par une scène qui rappelle celle qui ouvre le roman, sauf que cette fois, Astrée a un tout autre « avis sur la question » qu’au début de l’histoire.

Voilà, nous venons de passer en revue les moments forts sur lesquels vous allez pouvoir construire votre intrigue.
Quand vous réfléchissez à ces points, vous devez seulement en sortir une liste. Ces points sont comme des balises ou des ingrédients pour votre roman.
Vous ne’êtes absolument pas forcé, à ce stade, de les développer.
Sachez seulement ce que vous voulez mettre dans votre roman et qu’est-ce qui s’y passera dans les grandes lignes.

Lors de la prochaine étape, il s’agira de préciser chacune de ces étapes. Vous obtiendrez ainsi un plan détaillé de votre roman.

Mais avant cela, nous passerons par la case « Personnages. »

Écrire un roman commercial : préparer son intrigue – Partie 2

Voici la suite des festivités en ce qui concerne la préparation de l’intrigue d’un roman.


4. J’ai mon avis sur la question

Ici, il s’agit de développer le point de vue de votre personnage sur sa propre situation. Je m’explique.

Nous avons parlé dans les billets précédents du « Moment Miroir » / « Instant Révélation » au cours duquel le héros découvre quelque chose sur lui qui change totalement la perception qu’il a de lui-même et de sa vie.

Ici, ce « J’ai mon avis sur la question » porte sur la manière dont il vit et réagit AVANT cet instant de révélation.

Vous allez donc montrer QUI il est en ce début de récit au lecteur en mettant en scène les convictions qu’il a sur lui-même et sur le monde.

Dans La cité des ombres, il s’agit du fait qu’Astrée vit mal sa solitude actuelle. La plupart des chapitres du début du roman tournent autour de ce problème et de son mal-être à ce sujet.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles elle ne veut pas écouter les mises en garde qui lui sont faites au sujet des Blackthron : elle a son avis sur la question.

5. La mort rôde (1/règle de 3)

Voici le retour de la règle de 3. Cette fois, elle porte sur un autre sujet incontournable au roman : celui où la mort rôde.

Comme c’est la première des trois apparitions de la mort, celle-ci est jolie et édulcorée.

Dans La cité des ombres, il s’agit du saccage du casier d’Astrée. Quelque chose que le personnage principal ne peut ignorer vient de se produire. Et avec ce moment « La mort rôde », nous faisons une promesse au lecteur : quelque chose va se passer. Ce petit événement n’est que le début.

6. Le point de non-retour.

Ici, le personnage saute le pas et aucun retour en arrière ne sera plus possible pour lui.

Dans la cité des ombres, cette impossibilité du retour en arrière est symbolisé physiquement. Astrée se rend sur une presqu’île coupée du monde pendant plusieurs jours.

7. Les ennuis commencent

Ce point incontournable de votre intrigue se diffuse tout au long de plusieurs chapitres. Ce sont de petits incidents qui se produisent et qui laissent penser au lecteur que tout cela va bien mal finir.

Dans La cité des ombres, il s’agit de l’ambiance glauque de la maison, du liquide noir qui s’échappe de son robinet, de cette fille qu’elle entend crier à l’aide, de la mine patibulaire du chauffeur des Blackthron, les livres qui tombent de la bibliothèque. Tous ces petits événements mis bout à bout font monter le suspense et… font que le lecteur tourne la page car il voudrait bien savoir où tout cela va bien pouvoir mener.

8. Un petit passage discret du moment (2/règle de 3)

Hop, ici on offre un moment de figuration discret et naturel de l’objet magique qui va sauver notre héros à la fin.

Il est important que cet objet soit mis en scène de façon discrète, qu’il apparaisse comme figurant plutôt que comme pièce centrale du chapitre. Ce sera le n°2 de notre règle de 3 qui concerne le « Moment Q. »

Dans La cité des ombres, il s’agit d’une scène où Astrée utilise ses pastels. Cette scène est banale et le fait qu’elle dessine secondaire car ce que le lecteur va surtout retenir du chapitre, c’est ce liquide noir et gluant qui va sortir de son robinet et non le pastel qu’elle glisse dans sa poche.

A bientôt pour la suite…

Aurore

Écrire un roman commercial : préparer son intrigue

Comment ça : un roman « commercial » ?

J’ai conscience que pour certains, ce terme sonne un peu comme un gros mot. Et je tiens à le dire tout de suite : écrire pour l’art est quelque chose de tout à fait noble. Le sens des phrases, la recherche du rythme, la poésie des mots, l’expérience des images et des émotions… sont des choses que j’adore que ce soit comme lecteur ou comme écrivain.

Pourtant, aujourd’hui, je ne vais pas parler de cela. Pourquoi ? Tout d’abord parce que ceux qui aiment écrire « pour l’art » se fichent totalement des mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un roman, ils sont – si je caricature – anti-règles, anti-apprentissage de l’écriture (« écrire ne s’apprend pas »). Bien souvent, ils sont aussi anti-plan, anti-intrigue, etc.

Bref, de toute façon, ce n’est pas le sujet de mon billet aujourd’hui. Je peux juste vous dire que même si vous aimez écrire « pour l’art », vous pouvez tout à fait ignorer ce billet ou (au choix) le lire afin de savoir tout ce que vous ne voudrez pas faire.

Pour les autres, c’est-à-dire, pour ceux qui veulent écrire une histoire qui a des chances de trouver un public, une histoire qui divertira et qui aura tout le potentiel de leur permettre de gagner quelques sous, c’est par ici que ça se passe : je vais vous parler de mon Reading To-Go.

Comme je l’ai expliqué précédemment, cette série de billets consacrés à l’écriture du roman retrace et dissèque les différentes étapes auxquelles je recours lors de l’écriture d’un roman, notamment en ce qui concerne mon dernier en date : « La cité des ombres. » Ce roman étant justement un Reading To-Go.

Alors, c’est quoi ce satané « Reading To-Go » ?

C’est :

“Une histoire construite à la manière des blockbusters.
Une expérience de lecture unique et divertissante calibrée pour nos vies trop remplies.
Pas de blabla superflu, une narration rythmée par des rebondissements.”

En gros, c’est la promesse d’une lecture divertissante qui vous transporte pour quelques heures loin de votre quotidien. Autrement dit, c’est un roman « commercial » et qui, en temps que tel, répond à un certain canevas.

D’ailleurs, ce canevas, vous pouvez le retrouver un peu partout, qu’il s’agisse de films, de séries télévisées ou de romans – qu’ils soient « commerciaux » (ou « artistiques. »)

Il existe de nombreuses théories permettant de retracer le canevas sur lequel l’intrigue de la majeure partie des livres, films ou séries télévisées se basent. Vous avez ainsi « Save the Cat » de Blake Snyder, le « Hero’s Journey » de Vogler, les 22 étapes de John Truby, l’anatomie du conte de Propp, etc., etc. Il existe mille et une théories retraçant les étapes « obligatoires » d’un récit.

Personnellement, ces théories m’ont toujours fascinées, mais j’ai les plus grandes difficultés du monde à les utiliser. La révélation est venue de James Scott Bell (voir à son sujet le billet précédent) qui, quant à lui, détermine certains passages « obligés » de son récit. Ensuite, ces passages, vous les ordonnez entre eux comme bon vous semble.

En tâtonnant, j’ai fini par élaborer mes propres étapes pour mes histoires (et elles doivent beaucoup à celles qu’offre Bell dans ses livres sur la structure d’un roman).

Et si au départ vous avez toutes les difficultés du monde à construire votre plan de roman et votre intrigue et que vous avez du mal à vous sentir à l’aise avec les théories américaines existantes, je vous invite à développer vous aussi vos propres étapes pour vos histoires. Donnez à chacune un nom qui vous parle, décrivez-les à votre façon, bref : appropriez-vous ces outils afin de créer VOTRE propre structure.

Avant de vous présenter mes étapes, je dois encore préciser une chose : un Reading To-Go est une histoire centrée sur les événements, les rebondissements. Tout est pensé et construit pour éviter les temps morts et inciter le lecteur à tourner la page. Dès lors, les personnages servent le récit. Ils l’enrichissent, mais y sont assujettis. A aucun moment je ne base mon écriture sur eux. Mes personnages sont des outils qui me servent à mettre en scène et à faire avancer mon récit, pas des acteurs. Évidemment, il peut arriver que certaines de leurs particularités me permettent d’inventer un meilleur rebondissement, mais ce n’est pas leur fonction première.

Il est possible que certains écrivains soient choqués par cette conception car on nous rabâche à longueur de temps qu’un roman se construit sur ses personnages, sur leur évolution, sur ci, sur ça. Certes, mais très peu pour moi.

Je prends ce qui fonctionne pour moi, je recours aux mécanismes qui me font écrire et qui m’aident à boucler les histoires que je veux écrire. Le reste, c’est de la théorie et c’est surtout… secondaire.

Et, que vous soyez ou non d’accord avec moi, le plus important c’est que vous choisissiez les outils qui fonctionnent POUR VOUS. Le reste est accessoire, soyez simplement vous-mêmes.

En ce qui concerne la présentation de mes étapes du récit, une fois n’est pas coutume : je vais les présenter en me basant tout de suite sur mon roman La cité des ombres.

Le roman est disponible ICI : La cité des ombres

ALERTE SPOILERS !

Donc, attention, pour ceux qui souhaitent d’abord se faire leur propre opinion sur mes étapes d’écriture d’un roman en lisant le produit fini tel que le lit n’importe quel lecteur, je vous conseille de lire le roman avant de continuer plus en avant la lecture de ce billet.

Pour ceux qui s’en fichent et sont juste avides de découvrir une technique d’écriture, allons-y joyeusement. Voici les étapes obligatoires de mes histoires :


1. C’est le bazar

Voici la scène qui ouvrira le roman. Elle est directement basée sur la question posée dans mon précédent billet de cette série et qui est : « Que fait-elle/il qui la/le rend semblable à nous ? »

En ce qui concerne Astrée, mon personnage principal de La cité des ombres, c’est son manque de confiance en elle qui la rend proche de nous. Elle a une petite voix dans sa tête qui la juge et elle se sent rapidement ridicule dans la plupart des situations de la vie courante.

Le chapitre qui ouvre La cité des ombres met donc en scène Astrée vivant une de ces situations.

Elle travaille comme étudiante au cinéma et y croise le garçon le plus populaire du lycée. Comme ce dernier lui plaît, elle est gênée qu’il la voit en train de travailler et de servir des popcorn aux autres élèves de leur lycée. Et ce, d’autant plus qu’elle porte un horrible uniforme jaune canari.

Bref, le lecteur fait connaissance avec Astrée quand, pour elle « C’est le bazar. »

2. Dis-moi qui tu aimes/de qui tu prends soin, je te dirai qui tu es

Maintenant qu’on a rencontré le personnage principal, il faut lui donner un peu de relief et de profondeur.

Ce passage est d’autant plus nécessaire que mes personnages servant le récit, je dois éviter qu’ils soient trop en carton. Le meilleur moyen de le faire, c’est de leur donner une dimension humaine, c’est-à-dire qu’il faut qu’en tant qu’auteur j’offre au lecteur une scène dans laquelle je vais montrer que mon personnage se soucie de quelqu’un d’autre, qu’il n’est pas seul et qu’il a des sentiments (et ce, même si c’est la pire des crapules).

Certains reconnaîtront ici l’étape « Save the Cat » de Blake Snyder, celle qui a donné le nom à sa méthode. Étape où l’on montre le personnage principal sauvant un chat coincé dans un arbre (ou toute autre scène de ce genre).

Dans La cité des ombres, cette étape est illustrée par les relations qu’Astrée entretient avec sa mère et sa grand-mère. Notamment par le fait qu’Astrée se fait du souci pour sa mère et prend implicitement son parti dans le divorce de ses parents.


3. Le pré-« moment Q », le symbole de l’espoir (1/règle de 3)

Alors cette étape, c’est du James Scott Bell pur cru et c’est une idée de génie.

Il a baptisé ce point du récit le « Moment Q » car il fait allusion aux aventures de James Bond.

Le « Moment Q », c’est celui au début du film où l’agent Q, le scientifique, présente à James Bond ses derniers super-gadgets. Et, évidemment, un de ces gadgets sera celui qui servira dans la dernière partie de l’histoire, quand il faudra un coup de pouce pour sauver notre héros.

Pour ceux qui aiment la version plus classique de cette étape du récit, il s’agit du moment du premier acte où Tchekhov introduit son revolver qui servira lors du troisième acte.

Cette étape garanti que vous n’allez pas sortir à la fin de l’histoire un lapin de votre chapeau pour sauver votre héros quand il sera en mauvaise posture.

En ce qui me concerne, j’ajoute une contrainte : mon super-gadget de mon « Moment Q » devra apparaître 3 fois dans mon histoire.

Il s’agit ici de recourir à la fameuse et magique règle de 3 : vous répétez trois fois les choses dans votre roman pour les rendre crédibles et naturelles pour le lecteur. Pas une de moins (deux fois, ça voudrait dire que votre revolver apparaît juste au début pour servir à la fin ; le lecteur est à demi-convaincu), pas une de plus (pas besoin de bassiner votre lecteur avec quatre apparitions de votre fameux revolver, ça va finir par le barber et – pire ! – il verra la ficelle et saura que vous allez ressortir le revolver à la fin – sinon pourquoi insisteriez-vous autant sur son existence ????).

En résumé la règle de 3 vous évite l’effet Deus ex-machina (je sors le lapin de mon chapeau pour tirer d’affaire mon héros quand ça sent trop le roussi) ou l’intrigue cousue de fil blanc (parce que j’ai trop insisté sur mon outil-de-la-dernière-chance).

Dans La cité des ombres, mon premier « Moment Q », c’est quand Astrée reçoit un cadeau de sa mère : il s’agit de pastels.

Et c’est donc aussi l’apparition numéro 1 de mon « objet magique ».

Et comme la règle de 3, c’est un outil terrible, je vais l’appliquer immédiatement et arrêter ici ce billet consacré à la préparation de l’intrigue. Vous retrouverez prochainement les deux autres billets consacrés à cette étape, ainsi, et bien… il y en aura 3 !

Aurore