Ma vie d’écrivain

Écrire un roman : Créer ses personnages

Au cours des billets précédents, nous avons vu comment trouver une idée et comment la développer au point d’avoir le squelette d’une intrigue.

Avant de nous attaquer au plan, nous allons faire un détour et nous pencher sur le casting de notre histoire.

Maintenant, nous savons :

1/ quel est le sujet de notre histoire ;

2/ à qui elle s’adresse ;

3/ quels seront ses temps forts

Il nous faut maintenant déterminer QUI va la vivre.

Sur ce point, je vais être très simple et pragmatique : je m’arrange pour que mes personnages soient les plus vagues possibles avec juste assez de particularités pour que le lecteur s’y retrouve.

Je sais qu’avancer cela va en horrifier plus d’un, mais je vous avais promis de vous livrer mes techniques d’écriture sans me censurer.

En ce qui me concerne, je pars du principe que plus un lecteur a de blancs à remplir avec son imagination, plus il pourra imaginer ce personnage. Une description simple en deux coups de crayon donne au lecteur toute la latitude pour donner vie au personnage et en un sens pour se reconnaître en lui.

L’autre avantage, c’est que lorsque j’écris c’est mon histoire qui prime. Mes personnages servent et s’insèrent dans mon intrigue, ils n’ont pas d’autre fonction que de vivre et de véhiculer mon histoire.

Donc pas de fiche détaillée en ce qui me concerne. Pas de backstory, pas d’analyse psychologique, rien de tout cela. Je me contente volontairement du strict minimum en ce qui les concerne.

Je note par exemple la couleur de leur cheveux, de leurs yeux, et deux à trois traits particuliers (grande, s’habille toujours en bleu…). Le seul but de ces notes, c’est que je m’y retrouve moi-même et que mes personnages ne changent pas de couleur de cheveux en cours d’histoire.

Pour La cité des ombres, la description/feuille de route de mes personnages tenait sur 1 page A4 recto-verso.

Cependant, je n’effectue pas cette étape de façon fantaisiste ou hasardeuse. Mes personnages répondent à des critères précis :

1/ comme j’écris pour des adolescents, mes personnages principaux sont des adolescents.

2/ ils doivent être aussi ordinaires et banals que possible. Ce qui doit être extraordinaire dans mon histoire, c’est ce qui leur arrive, pas eux.

3/ comme ils sont ordinaires, ils vont devoir se montrer fûtés et intelligents pour s’en sortir.

4/ les adultes, qu’il s’agisse de parents, de professeurs, de guides ou de mentors, sont tout à fait inutiles. D’ailleurs, soit ils se montrent incrédules soit ils sont absents ou dépassés.

5/ c’est le point le plus important : je dois savoir ce que VEUT chaque personnage important, son rêve secret, ce qu’il espère plus que tout. C’est d’ailleurs, pour le personnage principal, autour de ce point que va s’articuler son « Moment miroir » du récit.

6/ enfin, comme ils s’agit d’adolescents, ils doivent se comporter comme des adolescents et donc ne pas se montrer ni trop sérieux ni trop responsables.

Voilà, en ce qui me concerne, la façon dont je crée mes personnages. J’ai bien conscience que cela va à contre-sens de toutes les théories d’écriture qui vouent un véritable culte au personnage. Cependant, ce qui compte, pour moi, c’est de divertir le lecteur, de lui offrir une bonne histoire afin qu’il passe un moment agréable. Je ne suis pas là pour l’assommer avec des détails concernant le passé larmoyant de mon héroïne ni lui servir des dizaines de pages indigestes et inintéressantes concernant son manque de confiance en elle.

Tout l’art consiste à faire des personnages simples auquel le lecteur puisse s’identifier et de jeter ce personnage dans une aventure pleine de rebondissements qui avance à toute vitesse.

Réfléchissez et relisez les plus grands succès actuels. Comparez le soin apporté par l’auteur à son intrigue à celui qu’il accorde au détail de ses personnages. Dans la mesure où les meilleurs best-seller comportent essentiellement des personnages « en carton », vous êtes à même de deviner que si tout le monde les lit, c’est parce que le lecteur souhaite autre chose qu’une plongée introspective dans les affres de l’âme du héros : c’est l’histoire ou le ton sur lequel on la raconte qui comptent et les personnages sont à leur service.

La grande question à vous poser maintenant est celle de savoir si, en tant qu’auteur, vous êtes prêt à penser à contre-courant des théories actuelles et à faire l’impasse sur le culte du personnage de roman.

Pour moi, jeter à la poubelle toutes ces « fiches perso », ces « questionnaires de personnalité », ces « analyses des motivations » de mon personnage et sa « backstory » a été non seulement libérateur, mais m’a aidée à écrire plus vite. Tout ce temps perdu à compléter ces fiches inutiles, je le passe maintenant à écrire et à faire vivre à mes personnages de folles aventures. En gros, se montrer mauvais élève a libéré ma créativité.

Ce qui compte, c’est d’écrire et de finir votre roman. Dès lors, prenez ce qui marche pour vous, même si d’autres ne font pas comme ça.

Où me lire gratuitement ?

Pour le moment, je publie chaque vendredi des chapitres d’un roman en cours d’écriture.

Si vous voulez voir à quoi ressemble un de mes premiers jets, je vous invite à me rejoindre sur Wattpad.

Mon roman en cours est un roman de type « commercial » à destination des jeunes adultes.

L’héroïne principale s’appelle Aleisha Grey et est une jeune chasseuse de démons. Si vous voulez suivre ses aventures, c’est ICI : https://my.w.tt/gDraVSeVSX

Cerise sur le gâteau, il y a aussi une version anglaise et italienne du texte

Ecrire un roman commercial – Partie 3

Voici la dernière partie concernant la préparation de l’intrigue

9. Le changement de paradigme – La mort me serre dans sa main (n°2/3)

Les petits événements montrant quelques chapitres plus tôt que la mort rôdait viennent de trouver leur conclusion : quelque chose de terrible ou d’incompréhensible vient d’arriver. Et cela change tout.

D’une certaine manière, ce moment est un retournement de situation dans lequel notre héros se retrouve en mauvaise posture : la mort le serre dans sa main.

C’est ici l’apparition n°2 de la mort dans notre règle de 3.

Dans La cité des ombres, ce changement de paradigme survient quand Astrée se retrouve propulsée dans la cité des ombres. Elle est maintenant coincée dans un monde parallèle.

A nouveau, dans les chapitres qui suivent, on montre à quel point le personnage principal est maintenant coincé dans la main de la mort. Le lecteur pressent qu’une confrontation dangereuse va avoir lieu.

Dans La cité des ombres, ces événements sont l’état inquiétant d’Anica, le fait que tous deviennent peu à peu gris. Il s’agit aussi des mises en garde des personnes coincées dans la cité des ombres. C’est aussi la capture d’Astrée et ses amis.

10. J’ai un cœur, même si cela me fout dans la mouise

Ici, selon le développement de votre personnage, vous montrez que, même en mauvaise posture, il prend soin de quelqu’un de plus faible que lui.

Dans La cité des ombres, je le montre peu. Je m’en sers surtout pour le personnage de Keith qui aide Anica à sortir de la bibliothèque.

11. La découverte du secret, l’indice. Maintenant, tout doit finir/faut qu’on en finisse/ca ne peut plus durer

A nouveau, il s’agit d’un retournement de situation. Quelque chose que l’on pensait sûr ne l’est pas. Un allié se révèle être un traître.

Cette révélation est un coup de couteau dans le moral du personnage. A présent, pour lui, « tout est perdu ».

Dans La cité des ombres, il s’agit bien évidemment de la trahison de… (vous voulez savoir ? C’est dans le roman 😊 )

12. L’antagoniste attaque. Il n’a plus rien à perdre. Il n’avance plus masqué et ne porte plus de gants, il attaque donc frontalement – La mort est là (3/3)

C’est la suite logique du point 11. Maintenant, la mort est imminente.

Dans La cité des ombres, c’est la « mort » d’Anica. Astrée sait que son tour va arriver. Elle est résignée, pour elle, maintenant, « tout est perdu. »

Et cela nous conduit à…

… 13 . Au « Moment Miroir », à l’examen de conscience – se regarder dans le miroir : « change ou meurs! »

Ici, le personnage se rend compte de ses limites, de qui il a été jusque-là et ne veut plus être cette personne.

Il s’agit pour lui de mourir symboliquement à la personne qu’il était pour devenir quelqu’un d’autre : celui qu’il veut être.

Ce moment a lieu, dans La cité des ombres quand Astrée décide de tout faire pour survivre.

Et sa prise de conscience est immédiatement récompensée : elle trouve un moyen de se libérer et reçoit l’aide d’un allié inattendu.

14. Transformation, la mettre en scène .

La suite du récit illustre ce nouveau « moi » du héros : sa volonté de lutter et de survivre.

Dans mon roman, c’est la suite des péripéties jusqu’au moment où, enfin, notre « Moment Q » a lieu.

15. Le moment Q : retrouver la foi/la force (3/règle de 3)

Ici, l’objet/le pouvoir/la citation que le héros a reçu au début du récit prend toute son importance.

C’est le moment exact où le gadget de James Bond va sauver le héros d’une situation perdue d’avance.

En ce qui concerne La cité des ombres, je vous laisse le découvrir.

16. Contre-pied du « J’ai mon avis sur la question »

Il s’agit à présent de montrer que tout a changé. Que le héros et son regard sur sa vie et le monde ont évolué.

Dans La cité des ombres, j’illustre cela par une scène qui rappelle celle qui ouvre le roman, sauf que cette fois, Astrée a un tout autre « avis sur la question » qu’au début de l’histoire.

Voilà, nous venons de passer en revue les moments forts sur lesquels vous allez pouvoir construire votre intrigue.
Quand vous réfléchissez à ces points, vous devez seulement en sortir une liste. Ces points sont comme des balises ou des ingrédients pour votre roman.
Vous ne’êtes absolument pas forcé, à ce stade, de les développer.
Sachez seulement ce que vous voulez mettre dans votre roman et qu’est-ce qui s’y passera dans les grandes lignes.

Lors de la prochaine étape, il s’agira de préciser chacune de ces étapes. Vous obtiendrez ainsi un plan détaillé de votre roman.

Mais avant cela, nous passerons par la case « Personnages. »

Écrire un roman commercial : préparer son intrigue – Partie 2

Voici la suite des festivités en ce qui concerne la préparation de l’intrigue d’un roman.


4. J’ai mon avis sur la question

Ici, il s’agit de développer le point de vue de votre personnage sur sa propre situation. Je m’explique.

Nous avons parlé dans les billets précédents du « Moment Miroir » / « Instant Révélation » au cours duquel le héros découvre quelque chose sur lui qui change totalement la perception qu’il a de lui-même et de sa vie.

Ici, ce « J’ai mon avis sur la question » porte sur la manière dont il vit et réagit AVANT cet instant de révélation.

Vous allez donc montrer QUI il est en ce début de récit au lecteur en mettant en scène les convictions qu’il a sur lui-même et sur le monde.

Dans La cité des ombres, il s’agit du fait qu’Astrée vit mal sa solitude actuelle. La plupart des chapitres du début du roman tournent autour de ce problème et de son mal-être à ce sujet.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles elle ne veut pas écouter les mises en garde qui lui sont faites au sujet des Blackthron : elle a son avis sur la question.

5. La mort rôde (1/règle de 3)

Voici le retour de la règle de 3. Cette fois, elle porte sur un autre sujet incontournable au roman : celui où la mort rôde.

Comme c’est la première des trois apparitions de la mort, celle-ci est jolie et édulcorée.

Dans La cité des ombres, il s’agit du saccage du casier d’Astrée. Quelque chose que le personnage principal ne peut ignorer vient de se produire. Et avec ce moment « La mort rôde », nous faisons une promesse au lecteur : quelque chose va se passer. Ce petit événement n’est que le début.

6. Le point de non-retour.

Ici, le personnage saute le pas et aucun retour en arrière ne sera plus possible pour lui.

Dans la cité des ombres, cette impossibilité du retour en arrière est symbolisé physiquement. Astrée se rend sur une presqu’île coupée du monde pendant plusieurs jours.

7. Les ennuis commencent

Ce point incontournable de votre intrigue se diffuse tout au long de plusieurs chapitres. Ce sont de petits incidents qui se produisent et qui laissent penser au lecteur que tout cela va bien mal finir.

Dans La cité des ombres, il s’agit de l’ambiance glauque de la maison, du liquide noir qui s’échappe de son robinet, de cette fille qu’elle entend crier à l’aide, de la mine patibulaire du chauffeur des Blackthron, les livres qui tombent de la bibliothèque. Tous ces petits événements mis bout à bout font monter le suspense et… font que le lecteur tourne la page car il voudrait bien savoir où tout cela va bien pouvoir mener.

8. Un petit passage discret du moment (2/règle de 3)

Hop, ici on offre un moment de figuration discret et naturel de l’objet magique qui va sauver notre héros à la fin.

Il est important que cet objet soit mis en scène de façon discrète, qu’il apparaisse comme figurant plutôt que comme pièce centrale du chapitre. Ce sera le n°2 de notre règle de 3 qui concerne le « Moment Q. »

Dans La cité des ombres, il s’agit d’une scène où Astrée utilise ses pastels. Cette scène est banale et le fait qu’elle dessine secondaire car ce que le lecteur va surtout retenir du chapitre, c’est ce liquide noir et gluant qui va sortir de son robinet et non le pastel qu’elle glisse dans sa poche.

A bientôt pour la suite…

Aurore

Écrire un roman commercial : préparer son intrigue

Comment ça : un roman « commercial » ?

J’ai conscience que pour certains, ce terme sonne un peu comme un gros mot. Et je tiens à le dire tout de suite : écrire pour l’art est quelque chose de tout à fait noble. Le sens des phrases, la recherche du rythme, la poésie des mots, l’expérience des images et des émotions… sont des choses que j’adore que ce soit comme lecteur ou comme écrivain.

Pourtant, aujourd’hui, je ne vais pas parler de cela. Pourquoi ? Tout d’abord parce que ceux qui aiment écrire « pour l’art » se fichent totalement des mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un roman, ils sont – si je caricature – anti-règles, anti-apprentissage de l’écriture (« écrire ne s’apprend pas »). Bien souvent, ils sont aussi anti-plan, anti-intrigue, etc.

Bref, de toute façon, ce n’est pas le sujet de mon billet aujourd’hui. Je peux juste vous dire que même si vous aimez écrire « pour l’art », vous pouvez tout à fait ignorer ce billet ou (au choix) le lire afin de savoir tout ce que vous ne voudrez pas faire.

Pour les autres, c’est-à-dire, pour ceux qui veulent écrire une histoire qui a des chances de trouver un public, une histoire qui divertira et qui aura tout le potentiel de leur permettre de gagner quelques sous, c’est par ici que ça se passe : je vais vous parler de mon Reading To-Go.

Comme je l’ai expliqué précédemment, cette série de billets consacrés à l’écriture du roman retrace et dissèque les différentes étapes auxquelles je recours lors de l’écriture d’un roman, notamment en ce qui concerne mon dernier en date : « La cité des ombres. » Ce roman étant justement un Reading To-Go.

Alors, c’est quoi ce satané « Reading To-Go » ?

C’est :

“Une histoire construite à la manière des blockbusters.
Une expérience de lecture unique et divertissante calibrée pour nos vies trop remplies.
Pas de blabla superflu, une narration rythmée par des rebondissements.”

En gros, c’est la promesse d’une lecture divertissante qui vous transporte pour quelques heures loin de votre quotidien. Autrement dit, c’est un roman « commercial » et qui, en temps que tel, répond à un certain canevas.

D’ailleurs, ce canevas, vous pouvez le retrouver un peu partout, qu’il s’agisse de films, de séries télévisées ou de romans – qu’ils soient « commerciaux » (ou « artistiques. »)

Il existe de nombreuses théories permettant de retracer le canevas sur lequel l’intrigue de la majeure partie des livres, films ou séries télévisées se basent. Vous avez ainsi « Save the Cat » de Blake Snyder, le « Hero’s Journey » de Vogler, les 22 étapes de John Truby, l’anatomie du conte de Propp, etc., etc. Il existe mille et une théories retraçant les étapes « obligatoires » d’un récit.

Personnellement, ces théories m’ont toujours fascinées, mais j’ai les plus grandes difficultés du monde à les utiliser. La révélation est venue de James Scott Bell (voir à son sujet le billet précédent) qui, quant à lui, détermine certains passages « obligés » de son récit. Ensuite, ces passages, vous les ordonnez entre eux comme bon vous semble.

En tâtonnant, j’ai fini par élaborer mes propres étapes pour mes histoires (et elles doivent beaucoup à celles qu’offre Bell dans ses livres sur la structure d’un roman).

Et si au départ vous avez toutes les difficultés du monde à construire votre plan de roman et votre intrigue et que vous avez du mal à vous sentir à l’aise avec les théories américaines existantes, je vous invite à développer vous aussi vos propres étapes pour vos histoires. Donnez à chacune un nom qui vous parle, décrivez-les à votre façon, bref : appropriez-vous ces outils afin de créer VOTRE propre structure.

Avant de vous présenter mes étapes, je dois encore préciser une chose : un Reading To-Go est une histoire centrée sur les événements, les rebondissements. Tout est pensé et construit pour éviter les temps morts et inciter le lecteur à tourner la page. Dès lors, les personnages servent le récit. Ils l’enrichissent, mais y sont assujettis. A aucun moment je ne base mon écriture sur eux. Mes personnages sont des outils qui me servent à mettre en scène et à faire avancer mon récit, pas des acteurs. Évidemment, il peut arriver que certaines de leurs particularités me permettent d’inventer un meilleur rebondissement, mais ce n’est pas leur fonction première.

Il est possible que certains écrivains soient choqués par cette conception car on nous rabâche à longueur de temps qu’un roman se construit sur ses personnages, sur leur évolution, sur ci, sur ça. Certes, mais très peu pour moi.

Je prends ce qui fonctionne pour moi, je recours aux mécanismes qui me font écrire et qui m’aident à boucler les histoires que je veux écrire. Le reste, c’est de la théorie et c’est surtout… secondaire.

Et, que vous soyez ou non d’accord avec moi, le plus important c’est que vous choisissiez les outils qui fonctionnent POUR VOUS. Le reste est accessoire, soyez simplement vous-mêmes.

En ce qui concerne la présentation de mes étapes du récit, une fois n’est pas coutume : je vais les présenter en me basant tout de suite sur mon roman La cité des ombres.

Le roman est disponible ICI : La cité des ombres

ALERTE SPOILERS !

Donc, attention, pour ceux qui souhaitent d’abord se faire leur propre opinion sur mes étapes d’écriture d’un roman en lisant le produit fini tel que le lit n’importe quel lecteur, je vous conseille de lire le roman avant de continuer plus en avant la lecture de ce billet.

Pour ceux qui s’en fichent et sont juste avides de découvrir une technique d’écriture, allons-y joyeusement. Voici les étapes obligatoires de mes histoires :


1. C’est le bazar

Voici la scène qui ouvrira le roman. Elle est directement basée sur la question posée dans mon précédent billet de cette série et qui est : « Que fait-elle/il qui la/le rend semblable à nous ? »

En ce qui concerne Astrée, mon personnage principal de La cité des ombres, c’est son manque de confiance en elle qui la rend proche de nous. Elle a une petite voix dans sa tête qui la juge et elle se sent rapidement ridicule dans la plupart des situations de la vie courante.

Le chapitre qui ouvre La cité des ombres met donc en scène Astrée vivant une de ces situations.

Elle travaille comme étudiante au cinéma et y croise le garçon le plus populaire du lycée. Comme ce dernier lui plaît, elle est gênée qu’il la voit en train de travailler et de servir des popcorn aux autres élèves de leur lycée. Et ce, d’autant plus qu’elle porte un horrible uniforme jaune canari.

Bref, le lecteur fait connaissance avec Astrée quand, pour elle « C’est le bazar. »

2. Dis-moi qui tu aimes/de qui tu prends soin, je te dirai qui tu es

Maintenant qu’on a rencontré le personnage principal, il faut lui donner un peu de relief et de profondeur.

Ce passage est d’autant plus nécessaire que mes personnages servant le récit, je dois éviter qu’ils soient trop en carton. Le meilleur moyen de le faire, c’est de leur donner une dimension humaine, c’est-à-dire qu’il faut qu’en tant qu’auteur j’offre au lecteur une scène dans laquelle je vais montrer que mon personnage se soucie de quelqu’un d’autre, qu’il n’est pas seul et qu’il a des sentiments (et ce, même si c’est la pire des crapules).

Certains reconnaîtront ici l’étape « Save the Cat » de Blake Snyder, celle qui a donné le nom à sa méthode. Étape où l’on montre le personnage principal sauvant un chat coincé dans un arbre (ou toute autre scène de ce genre).

Dans La cité des ombres, cette étape est illustrée par les relations qu’Astrée entretient avec sa mère et sa grand-mère. Notamment par le fait qu’Astrée se fait du souci pour sa mère et prend implicitement son parti dans le divorce de ses parents.


3. Le pré-« moment Q », le symbole de l’espoir (1/règle de 3)

Alors cette étape, c’est du James Scott Bell pur cru et c’est une idée de génie.

Il a baptisé ce point du récit le « Moment Q » car il fait allusion aux aventures de James Bond.

Le « Moment Q », c’est celui au début du film où l’agent Q, le scientifique, présente à James Bond ses derniers super-gadgets. Et, évidemment, un de ces gadgets sera celui qui servira dans la dernière partie de l’histoire, quand il faudra un coup de pouce pour sauver notre héros.

Pour ceux qui aiment la version plus classique de cette étape du récit, il s’agit du moment du premier acte où Tchekhov introduit son revolver qui servira lors du troisième acte.

Cette étape garanti que vous n’allez pas sortir à la fin de l’histoire un lapin de votre chapeau pour sauver votre héros quand il sera en mauvaise posture.

En ce qui me concerne, j’ajoute une contrainte : mon super-gadget de mon « Moment Q » devra apparaître 3 fois dans mon histoire.

Il s’agit ici de recourir à la fameuse et magique règle de 3 : vous répétez trois fois les choses dans votre roman pour les rendre crédibles et naturelles pour le lecteur. Pas une de moins (deux fois, ça voudrait dire que votre revolver apparaît juste au début pour servir à la fin ; le lecteur est à demi-convaincu), pas une de plus (pas besoin de bassiner votre lecteur avec quatre apparitions de votre fameux revolver, ça va finir par le barber et – pire ! – il verra la ficelle et saura que vous allez ressortir le revolver à la fin – sinon pourquoi insisteriez-vous autant sur son existence ????).

En résumé la règle de 3 vous évite l’effet Deus ex-machina (je sors le lapin de mon chapeau pour tirer d’affaire mon héros quand ça sent trop le roussi) ou l’intrigue cousue de fil blanc (parce que j’ai trop insisté sur mon outil-de-la-dernière-chance).

Dans La cité des ombres, mon premier « Moment Q », c’est quand Astrée reçoit un cadeau de sa mère : il s’agit de pastels.

Et c’est donc aussi l’apparition numéro 1 de mon « objet magique ».

Et comme la règle de 3, c’est un outil terrible, je vais l’appliquer immédiatement et arrêter ici ce billet consacré à la préparation de l’intrigue. Vous retrouverez prochainement les deux autres billets consacrés à cette étape, ainsi, et bien… il y en aura 3 !

Aurore

Préparer l’intrigue de son roman

J’ai reçu plusieurs questions concernant ma technique « Demande à la page. »

Tout d’abord, je voudrais préciser que je me laisse en premier lieu porter par l’échange que j’ai avec moi-même (je me rends compte que cette phrase fait très mégalomane).

Ensuite, ou si je suis bloquée, je passe par une série de questions.

Ces questions ne sont pas de moi, elles sont une sorte de remix des conseils que distille James Scott Bell dans ses livres consacrés à l’écriture (et que je vous conseille si vous lisez l’anglais. Et si vous vous sentez perdus devant la profusion de ses ouvrages consacrés à l’écriture, je vous recommande de commencer par « How to Make a Living as a writer »).

Vous pouvez le retrouver ici

How to make a Living as a Writer

En ce qui me concerne, je me sers de cette méthode quand :

  • Je réfléchis à une histoire potentielle
  • Je veux développer cette histoire
  • Je souhaite connaître mieux mon personnage principal et son opposant
  • Je cherche à déterminer les étapes clés de mon récit (que je développerai dans un prochain billet)
  • Je suis bloquée

Parmi les questions que je me pose pour réfléchir à mon histoire, en voici quelques-unes :

  • Qui est le l’héroïne/le héros (dans mon cas, c’est généralement une héroïne) ?
  • Qu’aime-t-elle/il dans la vie ?
  • Est-ce que ce talent pourrait devenir la clé qui résoudra son problème ?
  • Quel a été pour elle/lui le moment le plus marquant de son enfance ? (traumatisme)
  • Comment vit-elle/il cela aujourd’hui ?
  • Est-ce qu’elle/il réfléchit ou agit d’abord ?
  • Qu’est-ce qui la/le rend unique ?
  • Pourquoi j’aime ce caractère/ce personnage ?
  • Que fait-elle/il qui la rend semblable à nous ? => ce sera peut-être la mise en scène de cet élément qui ouvrira votre roman.
  • Que veut-elle/il désespérément ?
  • Qui est/sont le(s) opposant(s) ? Notez tous les opposants que vous avez à l’esprit, même de petits adversaires. Ce peut aussi être le héros lui-même qui est son pire ennemi.
  • Détaillez cet opposant principal.
  • Quel est son « instant révélation » ? En quoi consiste-t-il ?

Après avoir fait cela (généralement le lendemain), je continue ma suite d’échanges avec moi-même, sauf que cette fois, je me concentre sur les différentes étapes de l’histoire.

Je commence par le « moment révélation » du roman. James Scott Bell détaille cela très bien dans « Write your Novel from the Middle. »

C’est ce livre-ci :

Write Your Novel from the Middle


Pour ceux qui ne peuvent pas lire ce livre qui fut pour moi un électrochoc en matière de structure d’histoire, je vais en résumer les propos.

James Scott Bell est parti d’un constat, celui que dans toutes les histoires il y a un moment miroir et que ce moment se trouve pratiquement à chaque fois pile au milieu d’une histoire. C’est ce que beaucoup de théories concernant la structure des scénario ou des livres appellent le « Midpoint. »

Bell apporte un regard très neuf sur cette étape du roman. Ce « Midpoint » ou « Moment miroir » consiste en une sorte d’introspection que vit le personnage principal. C’est une remise en question, mais pas de n’importe quel type. C’est une remise en question qui se fait par une sorte de réflexion en miroir de ce qu’est le personnage.

J’explique.

Ce moment, c’est celui où votre personnage fait une courte introspection (parfois trois lignes, parfois un paragraphe. Jamais plus sinon c’est barbant pour le lecteur). Il se rend compte que jusque là (=la première moitié du roman), il a été quelqu’un qu’il ne veut en fait pas être. Il apprend une sorte de vérité sur lui-même. Il formule une prise de conscience.

La magie de cette prise de conscience, c’est qu’elle est réflexive, c’est-à-dire qu’elle s’effectue par un effet de miroir.

Généralement, le personnage voit quelqu’un qui « pourrait » être lui et cela lui occasionne une prise de conscience.

Ou il voit quelqu’un qu’il n’est pas et cela lui occasionne une prise de conscience.

James Scott Bell propose de nombreux exemples de ce moment et… j’avoue que c’est bluffant.

Je m’y suis d’ailleurs essayée moi-même et j’ai trouvé, à quelques pages du milieu des « Égouts de Los Angeles » de Michael Connelly que le personnage principal, Harry Bosh vit ce moment lorsqu’il regarde une peinture. Il se rend compte à quel point il est différent de cet homme représenté sur cette peinture.

Dans un tout autre style, j’ai retrouvé cela dans « Brûlure magique », le second tome de Kate Daniels, quand elle se compare au limier et parle de sa propre solitude.

Alors, qu’en penser ?

D’une part, je ne suis pas certaine que ce moment survient forcément pile au milieu du récit.

D’autre part, quand on se met à chercher des signes, on finit toujours par en trouver même s’il n’y en a pas.

Pourtant… qu’il existe ou non dans chaque histoire, que les écrivains y recourent volontairement ou non, je l’ai personnellement adopté car… il est surtout très utile !

Quand je réfléchis à la structure de mon histoire, je démarre par lui et je me demande : que va être la prise de conscience de mon personnage ?

A partir de là, comme par magie, le ton du début et de la fin de mon roman prennent une certaine couleur. Je sais de quoi « l’avant » ce moment va parler et mettre en avant et ce que « l’après » de ce moment va montrer.

Ce moment, c’est celui où le personnage se demande quelle personne il est et s’il veut vraiment être cette personne. Logiquement, le fruit de sa réflexion doit être que « Non, il ne veut pas être cette personne, qu’il veut changer. »

Ce moment est une sorte de mort, qu’elle soit d’ordre physique, psychologique ou professionnelle (voir les livre de James Scott Bell à ce sujet). Quelque chose dans la vie du personnage passe à la dynamite et maintenant tout va changer (pour le meilleur ou pour le pire).

Personnellement, j’appelle ce tournant « l’instant révélation » et il doit au moins exister, même en une ligne, dans mon roman. Pas toujours au milieu, mais presque.

Cas d’école : La cité des ombres.

Pour ceux qui veulent lire ce roman qui nous accompagnera tout au long de ces billets consacrés à l’écriture d’un roman, c’est par ici :

La cité des ombres

Dans le précédent billet, j’ai posté des pages illustrant mon « Demande à la page » qui a formé la genèse de La cité des ombres.

En ce qui concerne l’instant révélation d’Astrée, il constitue véritablement la lumière qui éclaire « l’avant » dans le roman et son « après. »

Ce moment, je l’ai décrit dans mes notes d’avant écriture de la façon suivante :

« Elle se rend compte que des amis comptent sur elle et croient en elle. Avant, elle est négative et en demande. Elle prend conscience qu’elle n’est pas cette personne passive, qu’elle veut être quelqu’un d’autre. Elle veut être aimée pour ce qu’elle est et non s’adapter aux désirs des autres. »

Évidemment, au fil de l’écriture, ce moment s’est précisé et affiné.

Voici comment il est écrit dans le roman :

« Tout ce que Joachim nous avait dit était vrai. Or il nous avait dit de nous tenir éloignés des ombres. Que tomber entre leurs mains, c’était signer notre propre mort.
Peut-être cela valait-il mieux ? Tout plutôt que de rester sans vieillir dans ce monde sans couleur, coincée dans cette éternité grise ?
J’aurais voulu pouvoir m’approcher de Keith, lui parler, pouvoir penser à autre chose, me préparer à ce qui allait suivre.
L’image de ma mère et de ma grand-mère s’imposa une nouvelle fois à moi. Avec netteté. De quel droit me résignais-je ? Rien que pour elles, je ne pouvais pas rester sans me battre. Cette pensée fut comme un électrochoc.
Jusqu’à présent, j’avais laissé tout le monde décider de tout ce qui comptait à ma place. Cela devait changer, même s’il ne me restait plus que quelques heures à vivre alors que j’étais pieds et poings liés dans un lieu froid et hostile, livrée à des créatures qui me voulaient tout sauf du bien. »

En fait, ce moment prend place assez tard dans le roman, mais Astrée est un personnage un peu long à la détente. Alors qu’elle est sur le point de vivre une mort physique, elle passe par une mort psychologique.

La jeune fille passive en elle meurt. À partir de ce moment, c’est une nouvelle version d’Astrée qui prend place dans le roman.

Cela se remarque d’ailleurs à ses choix (non-choix, hésitations) du début du roman et la manière dont elle tient tête à Céleste à la fin du roman.

C’est toujours le même personnage, mais elle a évoluée. Et c’est précisément ce moment dans le roman qui fait qu’elle devient différente.

Avec cet « instant révélation », j’ai déterminé le premier élément de structure de mon histoire. Un élément incontournable qu’elle doit absolument contenir pour pouvoir « fonctionner » auprès du lecteur.